Les évangéliques hispaniques face au dilemme Trump

L’électorat hispanique, 32 millions de personnes, représente la plus importante minorité appelée à voter aux Etats-Unis. Les Latinos adhèrent largement aux valeurs conservatrices républicaines, mais rejettent les discours anti-immigration.

Depuis un mois, le pasteur Rafael Alardo peut enfin ouvrir son Église pour le culte du dimanche. A l’intérieur, seule une trentaine de personnes écoutent son sermon retransmis également sur les réseaux sociaux. En raison de la pandémie de coronavirus, la capacité d’accueil est très limitée. Les masques sont obligatoires. «Ce sont des conditions exceptionnelles, mais ça nous fait du bien de pouvoir nous retrouver en personne», explique le pasteur. Installée dans le nord de Manhattan, l’Église pentecôtiste «Padre, Hijo y Espíritu santo»* a fait la Une durant le confinement en transformant une partie du bâtiment en centre de distribution de nourriture. «Un devoir» et «une nécessité» selon le pasteur. «Notre communauté est principalement composée de sans-papiers et de gens pauvres», confie Rafael Alardo, «la plupart travaillent dans la restauration ou d’autres secteurs très touchés par l’épidémie». En temps normal, l’Église joue un rôle crucial dans la vie de cette communauté. Au-delà de l’exercice de la foi, beaucoup se tournent vers le pasteur et son équipe pour les démarches administratives et l’aide légale… Des procédures de plus en plus compliquées, imposées par l’administration de Donald Trump, notamment depuis le début de l’épidémie. Pour Pamela García **, le président «profite de la crise pour faire passer des lois qui ne seraient peut-être pas passées avant».

Paradoxe

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump affiche une politique très dure vis-à-vis de l’immigration et de la communauté hispanique. Selon une étude du Pew Research Center, depuis 2016, 72% des Hispaniques estiment être plus souvent victimes de racisme. Pourtant, le président bénéficie toujours d’un soutien auprès des évangéliques qui représentent un quart de la communauté hispanique aux Etats-Unis. 42% d’entre eux ont voté pour lui. En janvier dernier, il a même lancé son mouvement «Évangéliques pour Trump» depuis la megachurch hispanique King Jesus International de Miami. Le pasteur Alardo reconnaît que la question divise. «Les immigrés qui sont là depuis une ou deux générations ont oublié à quel point c’était dur d’arriver dans ce pays», explique-t-il. Lui-même dit être contre l’immigration illégale. Et même si «les déclarations agressives de Trump font mal», elles «s’effacent face aux valeurs chrétiennes qu’il défend». 64% des évangéliques latinos se disent opposés à l’avortement et au mariage homosexuel, mais en même temps, ils se déclarent favorables aux aides sociales, à une couverture médicale plus juste. «C’est un dilemme pour nous», explique le pasteur Rafael Alardo. «Nous sommes contents d’avoir un président qui défend l’Église, même si on ne soutient pas tout ce qu’il dit et tout ce qu’il fait.»

La donne change

Mais les événements de ces derniers mois, les manifestations contre le racisme et les violences policières, pourraient changer la donne. Même si certains sont prêts à revoter pour Donald Trump, d’autres, surtout parmi les jeunes, veulent du changement. Rafael Alardo a deux filles de 24 et 22 ans qui ont participé aux manifestations à New York. «Elles m’ont aidé à revoir certaines de mes positions. Leur génération est beaucoup plus politisée», dit-il.

A suivre

Donald Trump se sert de la religion comme d’un levier électoral. En cette année d’élection présidentielle, Réformés vous propose une série de reportages et de suppléments web sous www.reformes.ch/EtatsUnis.

Le professeur André Gagné analyse le poids politique des charismatiques.