L'audace de s'opposer

Le 26 mai prochain, Antoine Nouis, pasteur et exégète participe au festival Livre à vivre à Crêt-Bérard (voir encadré). Il assure notamment une prédication sur la spiritualité de la contestation. Avant-goût.

Qu’entendez-vous par spiritualité de la contestation ?

ANTOINE NOUIS En résumant à grand trait, on peut dire qu’il y a des spiritualités de l’acceptation, notamment toutes les spiritualités orientales, le bouddhisme ou même l’islam. L’idée ici, c’est que le but serait de me faire aimer, comprendre, accepter ce qui advient. Je n’ai pas de prise sur les événements. C’est assez proche du stoïcisme en quelque sorte. Bien entendu, on ne peut pas faire de séparation trop nette, puisqu’il existe des traces de cette pensée dans la Bible.

Et puis à côté de cela, on trouve des personnages comme Abraham ou Moïse qui s’opposent à Dieu. Le premier remet en question la destruction de la ville de Sodome. Le second, après l’épisode du veau d’or, plaide pour son peuple afin d’éviter que Dieu ne le détruise.

Tous deux contestent Dieu ?

Tous deux le contestent, au nom de la justice ou au nom de la fidélité à son peuple. Il y a donc une audace incroyable chez ces deux personnages. Pourtant, tous deux dans l’Ancien Testament sont désignés par le titre d’«Ami de Dieu». Un ami c’est quelqu’un à qui on peut tout dire. A la spiritualité de l’acceptation, j’opposerai donc une spiritualité de l’amitié. La foi est une invitation à entrer dans l’amitié de Dieu. Elle est aussi une tension permanente entre contestation et acceptation.

Vous redonnez donc ses lettres de noblesse à la remise en question ?

Je reste dans le domaine de la spiritualité. Mon propos est de dire que la spiritualité est un lieu de lucidité, de vérité, où l’on peut dire sa parole, sa colère, son désaccord. Car ce n’est que lorsqu’on est dans une démarche de vérité que le changement est possible, qu’autre chose peut se construire. Mon sujet c’est notre image de Dieu.

Il n’y a donc pas de transposition politique directe de votre pensée ?

Non, cette transposition n’est pas directe, et elle serait d’un autre registre. Si l’on prend le cas de l’injustice sociale et climatique : on peut poser devant Dieu notre révolte, et cette prière peut entretenir, susciter, nourrir ou renforcer notre action. C’est une spiritualité ancrée dans les réalités de notre monde, dans ses fractures. Et qui ne peut pas ne pas avoir d’incidences dans ma façon de me comporter. Quand je dis ma révolte contre le climat ou l’injustice et que je la pose devant Dieu, cela me conduit à évangéliser ma propre révolte, c’est-à-dire la poser dans le cadre de l’Evangile. Cela incite à considérer la cohérence entre les fins et mes moyens. Si Martin Luther King a eu un tel rayonnement et continue à avoir cette influence, c’est justement, car il a été non violent, car il a traité sa révolte différemment des autres. C’est pour cela qu’on se souvient de lui.

Livre à vivre

Michael Lonsdale

Festival d’auteurs, le samedi 25 et dimanche 26 mai prochains, à Crêt-Bérard (Puidoux, VD).

Conférences (sélection).

Samedi 25 : à 10h, Rosette Poletti J’atteins la sagesse, à 13h, Antoine Nouis Nos racines juives, à 16h, Jean-Paul Willaime La guerre des dieux n’aura pas lieu.

Dimanche 26, à 10h15, culte et prédication d’Antoine Nouis, La spiritualité de la contestation, à 12h30, Elisabeth Parmentier, Une bible des femmes, à 15h30, Michaël Lonsdale et Patrick Scheyder Des jardins et des hommes.

Tout au long du week-end, animations et ateliers pour les 5-12 ans.

Samedi 25, à 20h30, spectacle de la Marelle (voir rubrique culture p.19). Ateliers en extérieur: méditation, ateliers nature.

Dimanche 26, concert de clôture, à 17h30, Si dolce il tormento, par Elisabeth de Mestral (soprano) et Laurent Jouvet (clavecin).

Infos : programme complet sous http ://www.cret-berard.ch rubrique «activités» et «Nouvelles 76».