L’investissement principal, c’est le temps

Pour sa stratégie 2021-2024, DM-échange et mission souhaite intégrer l’agroécologie dans les programmes missionnaires. Explications de ce choix. Interview de Juliane Ineichen, responsable du projet agro-écologie, DM échange et mission.

L’agriculture n’a-t-elle pas toujours été au centre des actions de développement?

JULIANE INEICHEN L’agriculture dite conventionnelle produit certes beaucoup, mais elle dysfonctionne aussi : problèmes persistants de sous-nutrition, dégradation des sols, acheminement des produits qui confèrent parfois à l’absurde. Avec l’agroécologie, l’agriculture devient aujourd’hui une partie de la solution face au réchauffement climatique, elle ne contribue plus au problème.

C’est un changement. Les programmes précédents ont prôné le productivisme...

Les paysannes et paysans du Sud constatent eux-mêmes les dégâts d’une agriculture qui vise la quantité à tout prix. La prise de conscience est mondiale et profonde. DM-échange et mission accompagne ses partenaires vers une transition qu’il ne s’agit en aucun cas d’imposer.

Comment gagner la confiance des producteurs, notamment face à la famine?

L’agroécologie implique de revenir à des procédés pratiqués durant des générations, dont certains ont simplement été oubliés. L’introduction des engrais et des pesticides chimiques à grande échelle date du milieu du XXe siècle seulement… Il ne s’agit pas de revenir à l’âge de pierre! La rotation des cultures, l’introduction de nouvelles plantes, la sélection des variétés les mieux adaptées, les engrais biologiques… Ces pratiques durables n’entrent pas en contradiction avec des techniques qui permettent d’augmenter la production. Des études montrent que l’on pourrait tout à fait nourrir la terre entière avec cette approche.

La distribution et le pouvoir d’achat local sont-ils abordés?

L’agroécologie n’implique pas une hausse des coûts de production. L’investissement principal au début, c’est le temps. Avec notre stratégie 2021-2024, l’approche agroécologique qui se concentrait sur l’Afrique de l’Ouest s’étend désormais à l’ensemble de nos régions d’activité. Cela nous permet de repenser notre consommation au Nord comme au Sud. Entre un produit emballé, traité, qui a longuement voyagé et sa version locale, fraîche sans produits chimiques et qui se conserve mieux, le choix est vite fait. Mais il faut déjà une production alternative et locale.

Comment souhaitez-vous faire comprendre cette vision?

Avec une réflexion au niveau théologique sur notre lien à la terre et au respect de la nature. Nos écoles partenaires prévoient aussi de créer des programmes de sensibilisation au développement durable. Nous envisageons de faire venir des agronomes ou paysans du Sud au Nord, et inversement. Nous croyons beaucoup à la réciprocité et aux échanges de connaissances. Cette approche permet d’ailleurs de revaloriser des compétences perdues, comme la question des semences souvent laissée aux femmes, détentrices de savoir-faire et de ressources extrêmement précieuses. Une seule graine suffit pour faire repartir toute une variété oubliée! 

Aider 

Pour soutenir ces projets : CCP 10- 700-2 mention «agroécologie». 

Agroécologie 

Il existe de multiples définitions de l’agroécologie. On peut réunir sous ce terme les pratiques et théories agricoles inspirées par la science et l’écologie qui ont pour objectif de nourrir les populations de manière durable: réintroduire arbres et haies, associer plusieurs cultures, introduire des animaux, bannir les pesticides… 

L’agroécologie peut nous sauver, Marc Dufumier, Actes Sud, 2019.