Aujourd’hui, on ne peut plus séparer lobbying et actions sur le terrain

En avril dernier, l’Entraide protestante (EPER) et PPP ont annoncé avoir avalisé le principe d’une fusion. Le premier, avec un budget de 80 millions de francs supervise une série de projets de développement au Nord comme au Sud. PPP réunit un budget de 18 millions de francs, redistribués dans d’autres organisations et réalise notamment du lobbying en Suisse. Explications de Bernard DuPasquier directeur de Pain pour le Prochain (PPP)

Pourquoi le partage des tâches en matière d’entraide entre PPP et l’EPER n’est-il plus pertinent aujourd’hui ?

Bernard DuPasquier : La FEPS (Fédération des Églises protestantes de Suisse) donne des mandats à ses œuvres d’entraide, dont PPP et l’EPER. Cette organisation a été décidée il y a 50 ans, dans un contexte différent. L’EPER avait la responsabilité des projets de développement au Sud. Et PPP était un lobby politique, au Nord, sur ces mêmes thèmes. Aujourd’hui, dans la pratique, on ne peut plus séparer les choses comme cela, il faut une approche intégrée. Passer la balle à une autre organisation qui n’a pas l’ancrage sur le terrain, c’est une étape inutile.

Il est aussi plus simple d’avoir toute la chaîne d’action au sein d’une organisation, pour la continuité dans la mise en œuvre des mandats.

Enfin, la communication dans les Églises doit être simplifiée. PPP a notamment le mandat de récolter des fonds pour les autres œuvres protestantes. Par le passé, certains projets de l’EPER étaient présentés dans les paroisses par PPP, du coup il y a eu confusion. Avoir des flux financiers transparents et directs est un besoin commun aujourd’hui.

 

Rationaliser les processus signifie-t-il licencier ?

Pour le moment, rien n’est décidé. L’intention première n’est pas d’optimiser les coûts, mais mieux faire notre travail. Par exemple lorsque l’EPER s’engage pour l’accès aux terres en Inde, c’est aussi une question globale traitée par PPP, puisque certains investissements internationaux venant en Suisse favorisent le fait que des entreprises accaparent des terres perdues par certains paysans. Il serait absurde de ne montrer qu’une seule face du problème, il faut fluidifier les liens entre nos organisations, nous avons deux ans pour le faire.

 

Comment ?

Nous échangeons déjà des informations, nous nous coordonnons, partageons nos ressources : une ONG aujourd’hui ne peut pas faire cavalier seul. Mais il existe un potentiel encore à exploiter pour avoir plus d’impact. Dès le moment où l’on est dans une même organisation, il devient possible de fonctionner avec plus de systématiques.

 

Comment voyez-vous les contours de la future organisation ?

Elle permettra aux donateurs engagés sur une thématique de s’informer plus facilement en présentant l’éventail des actions possibles dans le domaine.

Les compétences réunifiées permettront d’être plus visible et d’avoir plus de poids. Le lobbying, clarifié, sera plus crédible, car appuyé par une masse critique plus importante. Les actions de terrain seront renforcées par cette masse de donateurs. Par exemple, les partenaires de l’EPER luttent pour produire leurs propres semences, sans qu’elles soient protégées par un brevet. Cette demande, que l’EPER soutient au Sud, pourra être thématisée dans nos campagnes aussi, à partir du matériel et des arguments déjà élaborés au Sud.