Les seniors en manque de jeunesse

Le premier «Forum œcuménique des seniors» s’est tenu le vendredi 21 septembre à Vevey. L’objectif? Mieux connaître les envies et besoins spirituels des plus de 65 ans. Rencontre.

«Les seniors, par leur présence régulière, donnent vie à la paroisse. Pourquoi continuer à chercher ceux qui ne sont pas là et ne pas tenir compte des personnes actives et présentes?», interpelle, sans détours, l’invitation au premier «Forum œcuménique des seniors».  Organisée par les Églises réformée et catholique vaudoises, la rencontre s’est tenue le 21 septembre, à Vevey. Une soixantaine de personnes de plus de 65 ans ont répondu avec entrain à l’appel, bienheureux que leurs Églises s’intéressent à leurs ressentis.

Entourés par plusieurs responsables des paroisses réformées et catholiques de la région, les participants ont dans un premier temps été conviés à exprimer leurs attentes et leurs besoins à l’égard de leur Église, avant d’échanger, en petits groupes, sur leur statut de senior au sein de leur communauté paroissiale.

Changement de regard

Premier constat: le rapport que la société entretien avec le troisième âge a changé. «La personne âgée n’est plus du tout perçue de la même manière», a expliqué Anne-Sylvie Martin, aumônière dans les hôpitaux de la région et responsable Santé et Solidarité de l’Église réformée vaudoise (EERV). «Alors que le vieillard était considéré comme une personne sage et sereine, la société lui accole aujourd’hui principalement les notions de vulnérabilité, de perte d’autonomie et d’un besoin d’accomplissement non résolu», a souligné la diacre. Un constat amer, qui n’a pas manqué de susciter nombre de réactions de la part des intéressés, de l’indignation à l’empathie, en passant par le rejet catégorique d’une telle vision.

Halte aux catégories d’âge

«Nous sommes victimes d’un changement de société que l’Église doit prendre en compte», formule tout de go l’un des participants, lors des discussions en groupe. «Je ne suis pas chez les vieux, mais membre d’une paroisse!», rétorque un autre senior. C’est d’ailleurs l’une des principales revendications partagées par les seniors venus s’exprimer: le besoin de se sentir appartenir à la communauté d’Église, sans distinction, à part entière.

Nous les vieux, on doit se tourner vers les jeunes

Au fil des échanges, la question de l’intergénérationnel se dessine comme une priorité. «Nous les vieux, on doit se tourner vers les jeunes», a également asséné un autre participant. «On a la chance d’avoir une foi qui nous a soutenus toute notre vie, il faut aujourd’hui partager ce qu’on a reçu.» Loin de demander plus d’assistance de la part de la communauté, les seniors présents ce jour-là ont surtout évoqué leur désir de transmission. «Beaucoup d’entre vous ont également évoqué le souhait d’avoir des lieux où raconter vos expériences de foi, des lieux où je peux être enrichi par celui qui a un autre parcours que le mien», résume le pasteur Bernard Bolay. «Être ensemble, échanger vos expériences, vous sentir valorisés en étant utiles, voilà ce qui remonte essentiellement de vos discussions.»

D’autres demandes ont également émergé lors de ce forum, comme la mise en place de davantage de taxis-cultes, le maintien des différentes chapelles comme lieux de culte,  dans un souci d’accessibilité à tous, la proposition de faire des rencontres dans l’après-midi destinées spécifiquement aux seniors, mais aussi la possibilité de parler de la mort sans tabou ou le respect du rythme des personnes âgées, notamment dans les célébrations. Riches de ces diverses remarques, les Églises organisatrices promettent de revenir dans le courant de l’automne avec des propositions concrètes pour répondre au mieux aux différentes attentes de ces seniors qui ne demandent qu’à s’engager dans et pour l’Église.