Le bien commun, intemporel ou variable?

Le pasteur libéral James Woody et le philosophe catholique Fabrice Hadjadj ont questionné la notion de «bien commun», jeudi 23 mai à l’église Saint-Laurent, à Lausanne. Un débat organisé par la Société vaudoise de théologie.

«Le bien commun, tout le monde en parle, mais on ne sait pas trop ce que c’est. Comment se représenter cette notion pour qu’elle ne reste pas hors-sol? Et que peuvent faire les Églises?», s’interroge Grégory Solari, modérateur d’un débat sur «Les Églises et le bien commun» organisé par la Société vaudoise de théologie (SVTH), jeudi 23 mai, à la salle de paroisse de l’Église Saint-Laurent, à Lausanne. Pour répondre à ces questions, deux invités aux positions différentes. D’un côté le pasteur libéral James Woody, directeur du mensuel et de l’association «Évangile et liberté» et de l’autre Fabrice Hadjadj, philosophe et directeur de l’institut Philanthropos à Fribourg.

«Il n’y a pas de bien commun intemporel. La théologie n’est pas en mesure de définir un bien commun qui vaut en tout temps et en tout lieu. Cette notion évolue au fil du temps et chaque époque doit la redéfinir», lâche James Woody, pasteur de l’Église protestante unie de France. Se basant essentiellement sur la Bible hébraïque, James Woody soutient le rôle politique de l’Église comme instance critique face à l’État. «Les rédacteurs bibliques sont aux prises avec le monde. La société est au centre de leurs écrits. Et si les prophètes injectent du théologique dans la vie de la société, il n’y a pas de bien commun définitif du point de vue du texte biblique. Par contre, le texte suscite la recherche d’un équilibre qui permet peut-être de trouver un bien commun qu’il faut en tout temps redéfinir et contextualiser.»

Pour Fabrice Hadjadj, «le bien commun est l’ensemble des conditions sociales qui permettent tant au groupe qu’aux individus d’atteindre leurs positions les plus aisées». Partant de cette définition, le philosophe pose un regard sombre sur la société actuelle qui fonctionne, selon lui, dans une dynamique d’extinction, de consommation, d’accélération du temps, de mondialisation, de désincarnation et où le politique se trouve en ruines.

«La question du bien commun a été oubliée, car nous avons l’illusion d’une autonomie totale. Mais en fait nous sommes de plus en plus dépendants. Et la société s’attaque au bien commun de manière radicale. Bientôt, nous nous battrons pour l’eau. La question n’est pas de savoir comment l’Évangile va rejoindre le politique, mais commun les chrétiens sont capables de retourner le politique», explique Fabrice Hadjadj. Dès lors, il propose une logique du «mi-temps» qui restaure les foyers, la famille, le village comme lieu de production tout en utilisant la technologie au service de la technique. «Dans le christianisme, on nous rappelle la réalité de la vie simple.»

A l’issue du débat, la question du bien commun continue d’interroger et confirme, par là même, son intemporalité. Troisième conférence d’un cycle de quatre rencontres, cette soirée sera suivie par un prochain débat, jeudi 13 juin, sur la thématique «En quoi la Bible fait-elle autorité» avec le théologien et philosophe Jean-Marc Tétaz et le professeur de philosophe Roger Pouivet.