La paternité et le travail

Le 27 septembre, le peuple suisse décidera s’il accorde deux semaines de congé paternité. L’occasion pour moi, père de quatre enfants, de me plonger dans la question du rapport entre paternité, salaire et travail. Je ne traiterai pas la maternité, malgré son immense valeur, parce que mon expérience ne la couvre pas.

Quand on a des petits enfants, il est évident que le terme «congé» évoque une idée assez fausse de cocktails et de palmiers. En tant que père, je suis tour à tour: valet de chambre, cuisinier, valet de pied, chauffeur, secrétaire, homme de ménage, infirmier, et parfois même simple monture. Mais je remplis aussi les rôles de régent, de protecteur, de juge et de transmetteur de valeurs, de culture et de foi. Il m’appartient de créer le lien entre les générations passées et celles qui viennent. Comme les mères, les pères milléniaux enchaînent donc deux journées de travail (je ne sais pas pour les autres générations).

Alors si l’on sort la calculatrice, je crains que la paternité ne soit plus un très bon investissement. On investit son temps, son énergie et son argent et lorsque l’enfant devient productif, le fruit de son travail est partagé entre tous. Parce que si pendant des siècles les enfants étaient l’assurance vieillesse des parents et qu’en cela ils avaient un sens économique pour eux, ils pourvoient aujourd'hui pour tous et plus pour ceux, qui ont investi leur temps, leur énergie et leur argent ailleurs. Dans cette logique calculatrice, deux semaines de congé frôlent l’insulte et ressemblent au mieux à l’applaudissement pour les femmes et les hommes qui travaillent dans les soins: c’est mignon et ce n’est pas cher.

En tant que père et en tant que théologien, je vous invite cependant à sortir de cette approche matérialiste calculatrice et à nous élever dans la définition que la foi nous donne de la vie et de notre engagement. Car voir la paternité comme un travail écrase la beauté de ce don de Dieu et nous remplit de colère. Un coup d’oeil dans la Genèse nous aide à purifier notre regard. La paternité y est première. Dans le temps de l’innocence des hommes, Dieu les bénit en disant: «soyez féconds et multipliez-vous» bien avant la malédiction du travail: «vous travaillerez à la sueur de votre front», qui suit la chute. La paternité est un don de Dieu à laquelle il faut répondre par un don de soi, sans calculer, parce qu’elle est source de vie. En créant l’être humain, Dieu a voulu un être créateur et social, qui trouve la valeur de son existence dans le don de soi.

Dans cette logique, l’être a plus de valeur que l’agir et la paternité plus que le travail. Il y a donc une révolution copernicienne à réaliser celle que le travail doit être soumis à la vie et non la vie au travail et cela est particulièrement difficile à vivre dans un temps où nos idoles s’appellent: argent, commerce et travail. Peut-être que deux semaines de congé, où les pères prennent soin de la vie, aideront à remettre les choses à la bonne place et à moins sacrifier le sacré à l’utile. Et ça, ça n’a pas de prix.

Toi qui fais l’expérience de la paternité,
accueille-nous comme tes enfants
et comble-nous de cet amour qui nous
ôte la haine et la peur.
Donne-nous une place juste au coeur de ta
création, pour que nous l’aimions comme toi.
Seigneur Jésus-Christ,
Toi qui as donné ta vie pour affronter
le mal et la mort,
donne-nous le courage et l’espérance
pour accueillir, protéger et faire grandir la vie.
Saint-Esprit de Dieu,
Par ton souffle et les sacrements,
tu fais naître ton peuple,
donne-nous la foi pour ne pas désespérer
et pour porter dans ce monde la bonne nouvelle d’un Dieu qui se donne à nous pour nous
apprendre à nous donner.
Amen.

L’auteur de cette page 

Florian Schubert est pasteur en ville de Neuchâtel, référent de la Collégiale. 

Il a fait ses études à Bâle, Berlin, Zurich et Neuchâtel.