Trump semble avoir lâché les chrétiens persécutés

Alors que le président des États-Unis avait promis de faire de la protection de la liberté religieuse une des priorités de son administration, un rapport dévoile la chute drastique du nombre de chrétiens persécutés ayant pu bénéficier du programme américain de réinstallation des réfugiés.

Pendant des années, Donald Trump et les responsables de son admiration ont déclaré faire de la protection de la liberté religieuse à l'étranger – y compris pour les chrétiens persécutés pour leur foi – un objectif phare de leur politique étrangère. Or, selon un nouveau rapport publié le 10 juillet par deux groupes chrétiens, le président n'atteint pas cet objectif en ce qui concerne les réfugiés chrétiens.

«Le nombre de chrétiens persécutés qui peuvent bénéficier d'une protection grâce au programme américain de réinstallation des réfugiés et à l'application des lois sur l'asile a encore été considérablement réduit», peut-on lire dans le document. Intitulé «Closed Doors Persecuted Christians and the U.S. Refugee Resettlement and Asylum Processes» (Portes fermées: les chrétiens persécutés et réinstallation des réfugiés et procédures d'asile, ndlr), le rapport a été préparé par World Relief et Open Doors USA – deux organisations qui travaillent sur les questions d'immigration et de persécution religieuse.

Leurs conclusions se concentrent sur les coupes sombres opérées par l'administration Trump dans le programme de réinstallation des réfugiés sur le sol américain, qui a longtemps été mené en partenariat avec plusieurs organisations religieuses. Selon le rapport, le nombre de chrétiens persécutés réinstallés aux États-Unis a diminué de 90% depuis 2015.

Au cours de la dernière année du mandat de l'ancien président Barack Obama, la limite annuelle de réinstallation des réfugiés a été fixée à 110’000 personnes. Ce nombre a été ramené à 45’000 peu après que Donald Trump a pris ses quartiers à la Maison-Blanche. Il a été régulièrement réduit chaque année depuis: au cours de l'année 2020, le plafond a été fixé à 18’000, le plus bas de l'histoire du programme.

Pas que les chrétiens

Ces réductions ont été largement contestées par les groupes religieux progressistes et conservateurs, et les rumeurs concernant la réduction du programme de réinstallation ont suscité des réactions de la part de législateurs républicains tels que le sénateur James Lankford. «Les États-Unis ont une longue tradition d'accueil des réfugiés, qui passent par les canaux d'admission appropriés pour fuir les persécutions», avait tweeté le républicain en 2019.

Les changements de plafond ont également entraîné une forte baisse du nombre de chrétiens persécutés admis dans le pays en tant que réfugiés, et ce malgré des années de lobbying sur la question par les partisans chrétiens conservateurs de Trump, tels que l’évangéliste Franklin Graham.

«Il y a environ 250 millions de personnes qui sont gravement persécutées en raison de leur foi en Jésus», a rappelé David Curry, PDG d'Open Doors USA lors de la sortie de ce rapport.

Selon le document, les États-Unis ont réinstallé 18’462 chrétiens en 2015 issus de pays figurant sur la liste de surveillance des persécutions d'Open Doors. Ce chiffre est tombé à 4112 en 2018, avant de remonter légèrement à 5787 en 2019. L'administration n'a réinstallé que 946 chrétiens persécutés jusqu'à présent en 2020, en partie à cause des complications liées à la pandémie mondiale de coronavirus.

Tim Breene, directeur général de World Relief, signale pour sa part que le problème ne touche pas seulement les chrétiens. Les plafonds de réfugiés ont également réduit considérablement le nombre de minorités religieuses d'autres confessions autorisées à entrer aux États-Unis, précise-t-il, y compris de nombreuses personnes confrontées à une persécution systémique. «Nous sommes attachés à l'enseignement biblique selon lequel tous les peuples sont faits à l'image de Dieu et méritent d'être protégés contre la persécution, qu'ils soient ou non persécutés pour leur foi en Christ ou pour une autre croyance religieuse», souligne-t-il encore.

Promesse non tenue

Le rapport appelle le gouvernement américain à revenir à «au moins un plafond historiquement normal» pour la réinstallation des réfugiés, par exemple 95’000 réfugiés par an, selon la recommandation de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale en 2019. En outre, les auteurs demandent à l'administration Trump de rejeter les changements proposés aux systèmes d'immigration existants, qui rendraient plus difficile l'obtention de l'asile aux États-Unis.

Le document remet implicitement en question la promesse faite par Donald Trump en 2017 d'aider les chrétiens persécutés. Interrogé sur la question par le Christian Broadcasting Network, le président américain avait alors déclaré que son administration ferait de la réponse aux chrétiens fuyant la persécution en Syrie une priorité. «Ils ont été traités de façon horrible», avait-il exprimé, avant d’ajouter: «Nous allons les aider.»

David Curry et Tim Breene ont également rappelé les cas où son administration a pris certaines mesures pour aider les minorités religieuses persécutées. Le vice-président Mike Pence est, par exemple, personnellement intervenu pour allouer des fonds de l'Agence américaine pour le développement international à l'amélioration des conditions de vie des minorités religieuses dans le nord de l'Irak. Cette mesure s'inscrit dans une stratégie plus large visant à améliorer la situation des chrétiens persécutés là où ils vivent au lieu de donner la priorité à la réinstallation des réfugiés.

Mais lorsqu'on lui a demandé si la stratégie de l'administration Trump avait concrètement bénéficié à la vie des chrétiens persécutés dans leur pays d'origine, le CEO de World Relief a reconnu que malgré les «bonnes» intentions du gouvernement, «il est très rare de voir des progrès concrets». Et son confrère d’Open Doors de déclarer que même si les conditions s'améliorent à l'étranger, les chrétiens qui ont été déplacés de leurs foyers en raison de persécutions religieuses ont toujours besoin d'aide. «C'est un trou béant dans leur stratégie  il y a des gens qui sont toujours en danger en raison de leur foi», dénonce-t-il. «Ils ne vont pas pouvoir rentrer chez eux. S'ils le pouvaient, ils le feraient.»