Des chrétiens s’érigent contre le nationalisme chrétien

Aux États-Unis, un groupe de dirigeants chrétiens a condamné le nationalisme chrétien dans une nouvelle lettre, le qualifiant de «menace persistante pour nos communautés religieuses et notre démocratie».

La lettre, publiée le lundi 29 juillet, provient d'une coalition de dirigeants et de penseurs chrétiens largement libéraux. Intitulée «Chrétiens contre le nationalisme chrétien», celle-ci appelle les religieux américains à rejeter les amalgames entre religion et nation, qu'ils considèrent comme des distorsions de leur foi.

Des identités distinctes

«Le nationalisme chrétien cherche à fusionner les identités chrétienne et américaine, en déformant à la fois la foi chrétienne et la démocratie constitutionnelle de l'Amérique» , peut-on notamment lire dans la déclaration. «Le nationalisme chrétien exige que le christianisme soit privilégié par l'État et implique que pour être un bon Américain, il faut être chrétien. Il recoupe souvent la suprématie blanche et l'assujettissement racial, comme il les couvre. Nous rejetons cette idéologie politique néfaste et invitons nos frères et sœurs chrétiens à se joindre à nous pour s'opposer à cette menace contre notre foi et notre nation.»

La lettre suggère également que le nationalisme chrétien traite les autres religions comme des «religions de seconde classe». «En tant que chrétiens, nous devons condamner d'une seule voix le nationalisme chrétien comme une distorsion de l'Évangile de Jésus et une menace pour la démocratie américaine», formule encore la déclaration.

Une flambée historique

La lettre a été organisée par le Comité baptiste mixte pour la liberté religieuse, un groupe voué à «la protection de la liberté religieuse pour tous et à la défense de la séparation de l'Église et de l'État».

Certes, le nationalisme chrétien n'est «pas nouveau» aux États-Unis, comme le concède Amanda Tyler, directrice du Comité. Et celle-ci d’expliquer que cette initiative a été inspirée par «la flambée actuelle de la rhétorique nationaliste chrétienne ainsi que des efforts faits pour adopter une législation qui reflète ces sentiments nationalistes».

«Il semble que ces dernières années, nous soyons restés coincés au sommet du nationalisme chrétien», formule-t-elle encore. «Nous l'avons vu de façon violente, voire morbide récemment. Les vues nationalistes chrétiennes peuvent inspirer la violence – même contre les lieux de culte.»

Bien que la déclaration ne mentionne pas nommément Donald Trump, le président et nombre de ses partisans évangéliques ont été critiqués par des chrétiens libéraux pour avoir encouragé divers types de nationalisme chrétien dans leurs discours et leurs apparitions publiques au cours de son premier mandat.

Une résonance immédiate

Au cours de la semaine dernière, la déclaration a déjà réuni près de 6000 signataires supplémentaires, provenant de 50 États et plus de 30 confessions différentes.

«Nous voulions commencer quelque part et voir quel genre de résonance cela aurait avec les chrétiens américains», poursuit Amanda Tyler. «Nous avons vu qu'il y en a beaucoup.» Les sondages montrent en effet que les critiques à l'égard du nationalisme chrétien sont susceptibles de trouver un écho auprès d'une grande partie des Américains. En avril, un sondage Morning Consult a révélé qu'environ la moitié des électeurs inscrits (47 %) considèrent le nationalisme chrétien comme «une menace pour les intérêts vitaux du pays» , comme 63 % des démocrates. Chez les républicains, seulement 35% d'entre eux se sentaient du même avis.