La foi, à l’origine de nombreuses décisions politiques de Trump

Lors de l’annuel «National catholic prayer breakfast», le gouvernement Trump a affirmé son engagement religieux dans ses décisions politiques, notamment face à la question de l’avortement.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, a affirmé mardi 23 avril, lors du «National catholic prayer breakfast», un événement annuel religieux largement conservateur qui a lieu chaque année à Washington que la foi était le moteur des propositions politiques du gouvernement Trump. Parmi les convives, deux assistants du président Trump, l’ambassadeur des États-Unis pour la liberté religieuse internationale Sam Brownback et le représentant du New Jersey, Chris Smith étaient présents.

Mick Mulvaney, qui est catholique, a commencé son exposé par une anecdote à propos d’un discours prononcé il y a plusieurs années lors d’un déjeuner de prières (prayer breakfast) dans son État natal de Caroline du Sud. Il a expliqué qu’en tant que novice aux déjeuners de prières, il avait choisi de lire un passage de l’Évangile de Matthieu dans lequel Jésus encourage les croyants à prier en privé, et non en public. Il a ajouté que par la suite un prêtre avait interprété le passage, arguant que Jésus n’interdisait pas la prière publique, mais que ça faisait partie de l’appel de Jésus de faire «le contraire de ce qui est populaire».

Soutenir les chrétiens

Le programme politique de l’administration Trump, a expliqué Mick Mulvaney, constitue précisément ce genre d’action impopulaire, mais fidèle. «Le président nous a permis, à nous, chrétiens de toutes confessions et personnes de toutes religions, d’être très bruyants au sujet de notre foi, de la pratiquer et de l’appliquer dans nos décisions politiques.» À titre d’exemple, le chef de cabinet a relevé les efforts de Donald Trump pour ramener le pasteur Andrew Brunson emprisonné en Turquie. Mick Mulvaney a souligné le fait que le président avait dit à d’autres dirigeants mondiaux «qu’ils ne faisaient pas assez pour prendre soin des chrétiens dans leur propre pays».

Mick Mulvaney a également relevé que le président avait personnellement ajouté davantage de débats sur l’avortement en réponse directe aux rapports du gouverneur Ralph Northam qui exprimait son soutien à un projet de loi assouplissant les restrictions sur les avortements tardifs, en Virginie. «En tant que catholique, même si je travaille pour un homme qui n’est pas catholique romain, je suis à l’aise avec le fait que les principes de notre foi sont bien vivants et respectés dans cette administration et qu’ils soient à la base de bon nombre de nos décisions politiques. Je suis extrêmement fier de faire partie de ce gouvernement.»

Toutefois, en 2016, Donald Trump s’est publiquement disputé avec le pape François. Le chef suprême de l’Église catholique a critiqué sa proposition de mur frontalier et a estimé qu’en raison de son point de vue sur l’immigration, le magnat des affaires, devenu politicien, n’était «pas chrétien».  

Des invités très conservateurs

Ce déjeuner de prières s’inspire du «National Prayer Breakfast», un rassemblement plus ancien avec un style nettement plus protestant. Ces deux événements attirent une foule très conservatrice. La rencontre du 23 avril dernier a été parrainée par des groupes tels que l’Association catholique, le Fonds Becket pour la liberté religieuse et l’Institut pour la religion et la démocratie. Les orateurs sont souvent d’éminents républicains, dont le vice-président Mike Pence, l’ancien président de la Chambre Paul Ryan, le juge Antonin Scalia de la Cour suprême et l’ancien président George W. Bush.

Cette année, l’avortement était au centre des préoccupations. Parmi les principaux conférenciers figuraient Sœur Bethany Madonna des Sœurs de la vie, dont le travail est axé sur les questions liées à l’avortement; l’évêque Thomas Olmsted du diocèse de Phoenix; et Curtis Martin, fondateur et directeur général de la Compagnie des étudiants catholiques (Fellowship of Catholic University Students).

Sœur Bethany Madonna et Thomas Olmsted ont qualifié la résistance face à la position religieuse sur l’avortement et le mariage homosexuel de «persécution». «Quand vous vous abandonnez à Jésus, vous vous remplissez de sa force, et vous êtes capable de supporter les insultes qui découlent de vouloir défendre chaque vie humaine. Vous pouvez endurer la persécution liée au fait de soutenir la vérité sur le mariage et la famille», a affirmé Sœur Bethany Madonna.

L’activiste Abby Johnson faisait aussi partie des invités. La vie de cette jeune femme est racontée dans le film «Unplanned» sorti en 2019, interprétée par l’actrice Ashley Bratcher. Le long métrage dépeint l’expérience d’Abby Johnson en tant que responsable du Planning familial, puis sa conversion en militante antiavortement. Le film est devenu un sujet de controverse parmi les chrétiens conservateurs, qui croient que la publicité pour sa sortie a été contrecarrée par Hollywood.

Toutefois, ce sont les parents de Nick Sandmann qui étaient les stars de la journée. Nick Sandmann, un élève de l’école secondaire catholique Covington du Kentucky, a fait la une des journaux nationaux en janvier dernier après la diffusion d’une vidéo où on le voyait manifester contre le droit à l’avortement. La vidéo montre sa rencontre avec Nathan Phillips, un vétéran amérindien pacifiste. Nick Sandmann semble le regarder avec dédain. Après que William Saunders, membre du conseil d’administration du déjeuner de prières, ait présenté le couple comme méritant une «reconnaissance spéciale» et affirmé que leur fils avait été «verbalement agressé» lors de la manifestation et attaqué par les médias, la foule a fait une standing ovation.

Jack Jenkins, Washington, RNS/Protestinter