Remue-ménage pour le religieux sur le service public alémanique

Selon le service de radio-télévision alémanique SRF, la suppression des émissions de radio «Blickpunkt Religion» et «Zwischenhalt» ne vise pas une réduction, mais une réorientation des compétences de la rédaction religieuse dans d’autres programmes.

La radio-télévision suisse alémanique SRF est en plein bouleversement: le projet de transformation «SRF 2024» a pour but d’adapter l’organisation à l'avenir numérique. La directrice Nathalie Wappler compte, entre autres, sur la poursuite du développement de l'application News et sur une présence accrue sur les réseaux sociaux. Dans le même temps, différents programmes, dont certains sont ancrés dans la grille depuis des années, seront supprimés. C’est notamment le cas des émissions de radio «Blickpunkt Religion» et «Zwischenhalt», qui traitent de sujets liés à la religion, à l'éthique, à la théologie et aux Églises.

Les Églises montent au créneau

Début octobre, la SRF annonçait, en effet, la suppression des deux programmes radio pour l’été 2021. Une annulation qui s’est rapidement heurtée à la protestation des représentants des Églises, tant du côté réformé que catholique.

«Les émissions de la SRF sont un peu comme le dernier bastion de la religion», formulait le président de l’Église réformée de Bâle-Ville Lukas Kundert, dans une déclaration. Il y critiquait également le fait que la SRF ne remplissait plus son mandat de service public en réduisant ses émissions. Selon la déclaration, seul un média de service public peut en effet rendre compte de manière neutre et objective des contenus religieux, à l’intention du grand public qui a besoin d’une «bonne information» sur la religion, «particulièrement à l’ère des théories du complot et de l’extrémisme religieux, rapportait alors ref.ch. L’Église de Bâle-Ville demandait à la SRF de maintenir les programmes à l’antenne ou de montrer sous quelle forme elle avait l’intention d’apporter un contenu sur la religion à l’avenir.

L'association Katholisches Medienzentrum (Centre catholique des médias, ndlr.), demandait, elle aussi, à la SRF de reconsidérer son plan d’austérité. Dans un communiqué, elle critique également le fait que l’annulation des émissions porte atteinte au service public. La SSR doit notamment promouvoir «la compréhension, la cohésion et l’échange entre les religions», comme l’indique la concession. Pour l’association, les religions non chrétiennes, en particulier, perdraient leur présence publique en raison de la réduction des émissions, alors qu’un débat public sur la religion est nécessaire afin de prévenir le fondamentalisme, l’intolérance et l’exclusion sociale, rendait encore compte ref.ch.

Dans une pétition en ligne lancée pas l’association catholique – à laquelle ont participé des représentants des Églises chrétiennes, mais aussi des communautés juives et musulmanes –, on lisait que cette suppression entraînerait «une réduction massive du personnel de la rédaction spécialisée dans le fait religieux». Il y était alors question de «coupes claires» et de violation de la concession.

Transfert de compétences

Un point que commente aujourd’hui la SRF: l'annulation des deux formats radio ne consiste pas «avant tout en une réduction, mais un transfert de ressources», selon le communiqué de presse du 4 novembre. On y apprend également que l'expertise de la rédaction sur les questions religieuses devrait être dirigée vers les programmes d'information existants et le développement de nouvelles offres. «Nous voulons que le thème de la religion, qui comprend également des questions sociales et éthiques, soit de plus en plus présent dans les sections du programme qui ont une portée plus large», explique Susanne Wille, responsable de la culture de la SRF, dans le communiqué.

Échange avec les centres de médias

Le communiqué a été envoyé à la suite de la discussion annuelle des Églises, un forum d'échange entre la SRF et les deux centres de médias des Églises, que sont  le Centre catholique des médias et les médias réformés, qui gèrent le portail d’informations ref.ch. En collaboration avec le responsable des médias de l'Église catholique chrétienne, les trois organisations sont responsables des sermons à la radio, de la diffusion des offices religieux et de la «Parole du dimanche».

Le communiqué de presse indique que les partenaires ecclésiaux ont pris note des plans de reconstruction. En outre, il a été décidé, lors de la réunion, qu'il ne devrait plus y avoir deux sermons radiophoniques de différentes confessions diffusés l'un après l'autre. Cela signifie qu'à partir de 2022, un seul sermon sera diffusé le dimanche matin.

Mesures d'économie

Le projet «SRF 2024» nécessitera environ 52 millions de francs d'ici 2022. Une somme à laquelle s’ajoute quelque 16 millions qui devront être économisés en raison de la baisse des revenus de la publicité et du parrainage, comme l'a annoncé l’entreprise de service public le 6 octobre. Cela s'accompagne de la réduction de 211 postes à temps plein.