À nouveau une messe à Saint-Pierre

Pour la première fois depuis la Réforme, les catholiques célébreront une messe dans la cathédrale Saint-Pierre.

En août 1535, la messe était abolie à Genève après que des iconoclastes eurent dévasté la cathédrale Saint-Pierre en brisant les statues et en lacérant les images qui n’étaient pas en conformité avec le nouveau culte réformé. Depuis, aucune messe n’a eu lieu dans l’édifice, affecté au culte protestant. Une longue disette qui prendra fin le samedi 29 février 2020, avec une messe célébrée, à 18h30, par Pascal Desthieux, vicaire épiscopal pour le canton de Genève.
Cette proposition inédite de la paroisse protestante Saint-Pierre-Fusterie est née à la suite d’une « discussion à bâtons rompus » qui a suivi une cérémonie œcuménique. L’idée a ensuite « mûri » au sein du Conseil de paroisse, qui s’est prononcé pour. « Il n’y a eu aucune opposition, ce qui est significatif. L’idée a séduit, car elle correspond à notre volonté de faire de la cathédrale un lieu de rencontre pour tous les chrétiens genevois. Un espace qui dépasse les frontières confessionnelles », se réjouit Daniel Pilly, président du Conseil de paroisse.

 

Déjà deux précédents

Si les catholiques romains n’ont pas célébré seuls à Saint-Pierre depuis près de 500 ans, ils ont, en revanche, déjà pris part à des cérémonies œcuméniques. De leur côté, les luthériens ont été autorisés à y célébrer les confirmations de leurs catéchumènes le dimanche de Pentecôte, le temple de la Madeleine où ils officiaient traditionnellement ayant dû fermer le temps de travaux de désamiantage. Les Anglais viennent également, depuis plusieurs années, chanter des chants de Noël à la cathédrale.
Si les catholiques romains seront chez eux à Saint-Pierre ce 29 février, ce sera également le cas des protestants, qui, comme tous les chrétiens, seront les bienvenus à cette messe et accueillis à la communion. « Cela n’a rien d’exceptionnel à Genève. Cela se pratique déjà localement dans de nombreuses paroisses lors des célébrations œcuméniques où protestants et catholiques s’invitent mutuellement à la sainte cène et à la communion », rappelle Daniel Pilly.

Climat favorable et fécond

Cette invitation découle également des très bonnes relations, empreintes de confiance, établies depuis plusieurs années avec Pascal Desthieux. « Elle est le signal que, à Genève, le climat est extrêmement favorable et fécond avec l’Église catholique romaine. Nous avons réalisé des avancées notoires en termes d’œcuménisme, notamment avec la Déclaration commune, signée en 2017, qui reconnaît nos ministères respectifs », précise Emmanuel Fuchs, président de l’Église protestante de Genève et également pasteur à Saint-Pierre. Pour Daniel Pilly comme pour Emmanuel Fuchs, même si les différences entre protestants et catholiques restent notables, ce qui les réunit est bien plus important. « C’est un signe fort que nous donnons en prêtant notre cathédrale, une volonté d’ouverture, de faire Église tous ensemble, de porter l’Évangile et de témoigner de notre amour du Christ. Comme l’a dit le pape François, l’œcuménisme se fait en marchant. Nous essayons de marcher ensemble en espérant que lorsque nous aurons suffisamment cheminé, les obstacles qui nous paraissent aujourd’hui infranchissables ne le seront plus », conclut Emmanuel Fuchs.