Le projet de direction de l’Église protestante genevoise en suspens

Réunis en consistoire, les délégués de l’Église protestante de Genève ont mûrement débattu d’un nouveau modèle de gouvernance. Ils lui reprochent de mélanger le stratégique et l’opérationnel.

«Vous êtes d’excellents élèves, peut-être même trop bons», lâche le modérateur de la compagnie des pasteurs et des diacres Blaise Menu, s’adressant aux délégués du consistoire de l’Église protestante de Genève (EPG). Réunis les 19 et 20 septembre dernier dans le temple de Malagnou, les consistoriaux ont longuement débattu d’un nouveau modèle de gouvernance proposé par l’exécutif. Et notamment du fait que ce projet tend à mélanger le stratégique et l’opérationnel.

«Le nouveau modèle semble en rupture, car il renonce à la séparation entre la vision stratégique et la direction des opérations. Ce projet retire des pouvoirs aux codirecteurs pour en donner davantage au directeur. Nous avons une désagréable impression de putsch», affirme Jean-Pierre Cerez pour la Région Plateau-Champagne. «En mélangeant stratégie et opérationnel, le Conseil de direction devient juge et parti», déplore Chantal Eberlé du Pôle santé. De son côté, Daniel Pilly, au nom de la paroisse Saint-Pierre – Fusterie, trouve le projet «globalement très positif». «Ce n’est pas un putsch. C’est nous qui avons élu le Conseil du consistoire», a-t-il réagi.

C’est à la suite du départ du responsable RH que le Conseil du consistoire a entamé une réflexion pour une nouvelle stratégie de direction. En juin dernier, il avait présenté au consistoire un nouveau modèle qui avait essuyé de nombreuses critiques. «On nous a prêté beaucoup d’intentions, mais on n’est pas là pour passer en force ni pour défendre un modèle. Le nouveau projet part de ce qui existe, c’est de loin le plus raisonnable», affirme Emmanuel Fuchs, le président de l’EPG.

«C’est vrai qu’on mélange le stratégique et l’opérationnel. Cette manière de fonctionner se retrouve souvent dans les entreprises familiales et ça fonctionne bien. Nous ne sommes pas une famille, mais en Eglise nous avons des liens affectifs et familiaux», relève la codirectrice Alexandra Deruaz. «Le Conseil du consistoire fait actuellement beaucoup d’opérationnel. Avec le nouveau modèle, il pourra au contraire revenir à davantage de stratégique», précise Emmanuel Fuchs. Après plus de 2h30 de discussion, un délégué a déposé une motion demandant le report du vote à la prochaine cession. Une proposition qui a été acceptée par 24 voix contre 14. «Le Conseil du consistoire a fait son travail, nous n’allons pas faire d’autres propositions d’ici novembre», déplore Emmanuel Fuchs.

Une célébration pour les couples de même sexe

Lors de cette rencontre, les délégués se sont également penchés sur la question d’une célébration pour les couples de même sexe et de la forme liturgique que prendrait cette cérémonie. «C’est un sujet sensible et c’est normal qu’on soit partagé sur cette question. Or, nous souhaitons trouver un chemin de convergence», explique Emmanuel Fuchs qui souligne qu’un droit de réserve serait octroyé aux ministres qui ne veulent pas présider ces cérémonies. Alors que les délégués devront prendre position sur cette question en novembre prochain, ils ont timidement partagé leurs avis sur la question. «J’aimerais me faire l’écho de ces jeunes, notamment du LAB (l’espace inclusif de l’EPG), qui sont très engagés dans la foi et qui attendent ce geste», souligne André Assimacopoulos du Service de catéchèse, formation et animation.

Plusieurs délégués ont déploré un manque de clarté dans les propositions. «Quelle condition met l’Église dans la bénédiction?», demande François Dermange, délégué de la Faculté de théologie. De son côté, le pasteur Marc Pernot, qui a travaillé à Paris, a présidé plusieurs cérémonies pour des personnes de même sexe. «J’accepte de célébrer un mariage si les personnes s’engagent pour la vie tout entière et dans la fidélité. J’ai les mêmes exigences pour des couples hétérosexuels ou homosexuels et ma pratique pastorale est similaire.»