De moins en moins d’Américains dans les Églises

Une récente enquête révèle que les Américains, même religieux, adhèrent de moins en moins à une Église. Un phénomène qui s’étend à toutes les formes d’associations dans la société.

La plupart des Américains disent croire encore en Dieu, mais leur implication dans une structure religieuse ne cesse de diminuer. Un nouveau rapport de Gallup a révélé que seulement la moitié des Américains affirment faire partie d’une communauté religieuse. Un chiffre en baisse. Deux décennies plus tôt, il s’élevait à 69%. Cette diminution est liée, entre autres, à l’augmentation des «sans-religion», les «nones», qui ne revendiquent aucune appartenance religieuse.

Parallèlement, Gallup a constaté que la proportion d’Américains qui revendiquent une identité religieuse est passée de 90% à 77% au cours des dernières décennies. Mais même ces derniers peuvent ne pas appartenir à une communauté religieuse, selon le rapport, qui compare les données de 1998-2000 aux données de 2016-2018. Au début du XXIe siècle, souligne l’enquête, 73% des Américains religieux faisaient partie d’une congrégation. Ce pourcentage est tombé à 64% aujourd’hui.

Faire partie d’une communauté n’est plus nécessaire pour un nombre croissant d’Américains religieux, a affirmé Tim Carney, l’auteur de «Alienated America». «Ces données confirment ce que nous voyons depuis des décennies: la vie aux États-Unis est en train de se désinstitutionnaliser», a ajouté Tim Carney. «Les Américains sont moins susceptibles d’appartenir à quoi que ce soit. Historiquement, les Églises ont rassemblé le plus grand nombre de personnes, mais maintenant les gens s’en éloignent.»

Des jeunes moins engagés

L’âge et les différences générationnelles semblent jouer un rôle dans l’adhésion des Américains à un lieu de culte. Selon le rapport, «seulement 42% des millennials (les personnes nées entre 1980 et 1999) sont membres d’une Église». Il y a 20 ans, 62% des membres de la génération X appartenaient à une communauté, alors qu’ils avaient à peu près le même âge que les millennials d’aujourd’hui.

Le sondage a révélé que 68% des «traditionalistes» — que Gallup identifie comme étant né avant 1945 — font partie d’une Église ou d’un autre organisme religieux. Deux décennies plus tôt, ce pourcentage s’élevait à 78%. L’étude a également relevé que 89% des traditionalistes ont une identité religieuse, comparativement à 68% des millennials ou génération Y. «Non seulement les millennials sont moins susceptibles que les Américains plus âgés de s’identifier à une religion, mais ceux d’entre eux qui sont religieux ont nettement moins tendance à appartenir à une Église», selon le rapport. «57% des millennials religieux appartiennent à une église, contre 65% ou plus pour les générations plus âgées.»

L’enquête lève également le voile sur d’autres réalités: les catholiques (63%) sont moins susceptibles d’appartenir à une Église que les protestants (67%). Les chrétiens non confessionnels (57%) sont moins susceptibles d’appartenir à une église que ceux qui sont liés à une confession particulière (70%). Les mormons ont l’un des plus hauts taux d’affiliations avec une Église, à environ 90%. Le taux d’adhésion des Juifs à une synagogue est resté stable à environ 50%. Les nouveaux chiffres de Gallup sont frappants parce qu’ils suggèrent un niveau de religiosité encore plus bas que d’autres données récentes sur l’appartenance religieuse.

L’Enquête sociale générale (ESG) de l’année dernière, un sondage mené depuis 1972 par le National Opinion Research Center de l’Université de Chicago, a révélé que les «nones» et les évangéliques représentaient le même pourcentage, environ 23%. La différence réside dans la forme de la recherche, explique Ryan Burge, pasteur et chercheur en sciences politiques. Alors que l’ESG s’est penchée sur l’affiliation, qui peut être plus culturelle, Gallup a posé des questions sur l’appartenance, ce qui pourrait suggérer un lien plus formel avec un organisme religieux spécifique.

«Beaucoup de gens se disent catholiques, par exemple, mais ils ne vont jamais à la messe», constate Ryan Burge. «Souvent, ils sont allés à l’université, ont déménagé, et ne vont pas à l’église dans leur nouvelle ville. Donc, si vous leur demandez s’ils sont membres de l’Église catholique, ils auront plus tendance à dire qu’ils ne le sont pas parce qu’ils n’y participent pas activement.»

Selon Ryan Burge, l’écart entre la population qui revendique une affiliation religieuse et celle qui fait partie d’une communauté religieuse montre que l’Amérique est encore «marginalement attachée» à une religion civique. «La grande majorité des gens pensent qu’ils devraient croire en quelque chose, avoir une affiliation religieuse. Ils n’ont pas peur de l’étiquette de la religion, ils sont simplement réticents à l’idée de s’engager dans une activité. C’est un problème plus vaste que rencontrent les États-Unis: les gens ne s’engagent plus autant qu’avant, quelle que soit l’association.»

Un manque d’intérêt pour l’appartenance

Cela correspond à un manque général d’intérêt pour l’appartenance, explique Robert Putnam, politologue à l’Université Harvard, dont le livre publié en 2000, «Bowling Alone: The Collapse and Revival of American Community» (L’effondrement et la renaissance de la communauté américaine), a montré que, depuis les années 1960, les Américains participaient de moins en moins à des activités sociales communautaires, telles que les ligues de bowling, les Rotary clubs, les scouts, les clubs de jardinage ou autres.

«La fréquentation de l’Église a simplement suivi cette tendance à la baisse», souligne Robert Putnam. En fait, les données sur la baisse du nombre de membres des Églises partagent «presque le même schéma de hauts et de bas» que l’engagement dans la société civile laïque. Bien que l’accélération de la tendance puisse être en partie attribuable à la politisation accrue de la religion, «il s’agit probablement beaucoup moins de religion et de spiritualité que d’un désengagement général dans les activités sociales organisées».

Selon les chercheurs, ce vide n’a été que partiellement comblé par l’essor des formes de communautés en ligne, ce qui a des conséquences non seulement pour les groupes confessionnels, mais aussi pour la société dans son ensemble. «Ce n’est pas une bonne tendance, même d’un point de vue laïc», relève Tim Carney. «Les gens qui fréquentent l’Église ont plus de relations, plus d’amis, plus de soutien dans les moments difficiles et un sens plus aigu des objectifs. Les familles qui vont à l’église sont plus fortes. Et dans la classe ouvrière, les données suggèrent que les gens qui abandonnent l’Église ne rejoignent rien d’autre à la place.»

Toutefois, Robert Putnam met en garde contre le fait de ne regarder que vers le passé. «Ce n’est pas parce qu’une tendance s’oriente dans une direction qu’elle ne peut pas s’inverser. Je pense qu’il est possible que les millennials conduisent à un renouveau de la société civile. Il y a de bonnes chances que nous soyons face à un changement majeur dans la société américaine.» Et la religion, a-t-il dit, pourrait très bien en faire partie.

L’étude de Gallup a été basée sur des entretiens téléphoniques réalisés auprès de 2000 adultes américains venant des 50 États et du District de Columbia. La marge d’erreur est de plus ou moins 3 points de pourcentage. Les résultats pour 2016-2018 sont basés sur des entrevues avec 7688 Américains. Les résultats de 1998-2000 sont basés sur des entrevues avec 7184 Américains. Les deux ont une marge d’erreur de plus ou moins 1 point de pourcentage.

Bob Smietana, RNS/Protestinter