Deux femmes contre l’injustice

Dans «Clandestines», la genevoise Élise Vonaesch croise les destins de deux femmes qui, à trois siècles d’intervalle, s’engagent pour leurs convictions au péril de leur vie. Louise rejoint les rangs des camisards au début du XVIIIe siècle et Hélène prend le maquis pendant la Deuxième guerre mondiale. Rencontre avec l’auteure qui signe son premier roman à tout juste 20 ans.

Que partagent les deux protagonistes de «Clandestines»?  

Élise Vonaesch: Louise et Hélène sont deux femmes indignées. Face aux persécutions, elles choisissent de s’engager contre l’injustice. Leur jeunesse les pousse à affronter le danger et se lancer dans la résistance, sans être vraiment conscientes de ce qu’elles font. On pourrait qualifier leur choix de naïf, je le trouve très beau. Elles sont aussi empreintes de foi. Louise, la camisarde, est très croyante. Elle place toute sa confiance en Dieu. Quant à Hélène, la résistante, si elle ne se bat pas pour sa foi, celle-ci reste un moteur.

Pourquoi mettre en parallèle ces deux histoires dans un roman?

Je souhaitais pointer les similitudes entre la guerre des camisards et la Deuxième guerre mondiale. Ça a été un réel défi. Durant ces deux périodes de persécutions, des lois sont peu à peu mises en place pour restreindre la liberté d’un groupe d’individus, sans que personne ne réagisse. Lorsque les gens prennent conscience que rien ne va plus, il est trop tard. Des mouvements de résistance naissent. On s’engage alors avec courage pour une cause, en étant prêt à se sacrifier. Les mécanismes entourant le choix de ces femmes, leurs idéaux, leurs doutes et leurs désillusions se rejoignent. C’est ce qui m’intéressait. C’est pourtant sur la forme que je me suis initialement concentrée. Ce n’est qu’au fil de la rédaction que les questions sont apparues: en tant que chrétienne, choisirais-je de m’engager ou de me résigner? Jusqu’où serais-je prête à aller?

Pourquoi avoir choisi des femmes pour protagonistes?

J’ai écrit plusieurs nouvelles historiques, et à chaque fois, les personnages principaux étaient masculins. Cette fois, je voulais pouvoir m’identifier à mes personnages. Un choix qui m’a libérée dans l’écriture mais aussi par rapport à ce que moi-même je pouvais ressentir en me mettant à leur place. Ma foi, comme la leur, est empreinte de doutes et de questionnements: si je m’étais engagée comme Louise ou Hélène, Dieu l’aurait-il cautionné? Il n’y a pas de réponse. Mais s’engageant contre l’injustice, elles mettent leur foi à l’épreuve. Recourir à des femmes est aussi nouveau et original pour parler de périodes de guerre. Souvent menées par des hommes, on oublie le rôle essentiel qu’y ont joué les femmes.

Au fil des pages, le lecteur en vient à se demander jusqu’où il serait prêt à s’engager pour ses convictions. Je vous retourne la question.

«Ton livre est très engagé. Tu parles beaucoup de la foi, il y a beaucoup de versets bibliques», m’ont dit certaines personnes, lors de la relecture du livre. J’ai écrit un roman qui me correspond. J’ai toujours été très croyante et m’en remets beaucoup à Dieu. Aujourd’hui pourtant, la foi n’est pas d’actualité, la religion est vue comme désuète. Parler de ses convictions est donc déjà une forme d’engagement, qui peut résonner chez les croyants comme les non-croyants. En écrivant «Clandestines», j’ai pris conscience de l’importance de la liberté de croire ou de ne pas croire. Si cette liberté devait être menacée, je serai prête à m’engager.

Le 14 juin, des centaines de milliers de femmes en Suisse ont fait la grève pour l’égalité. Étiez-vous dans la rue?

Oui. J’ai manifesté pour l’égalité entre hommes et femmes mais aussi pour les personnes LGBTI et toutes les formes de discriminations. On a le droit de s’assumer et de se respecter mais on doit aussi respecter l’autre. Lorsqu’un groupe de personnes, quelle que soit sa taille, est victime de persécutions, il faut lutter contre.

Un roman primé

Le roman «Clandestines» a reçu le Prix de théologie 2018. Ce prix des Universités de Genève et Lausanne est décerné chaque année au meilleur travail de Maturité dans les domaines religieux ou spirituel, philosophique ou éthique.

«Clandestines», un roman d’Élise Vonaesch, Coédition Olivétan et OPEC, 2019, Prix: 17.50 fr. en libraire dans le courant du mois de juillet. À commander dès maintenant en ligne auprès de l’OPEC sur www.protestant-edition.ch

Interview de l'auteure

Découvrez l'interview filmée d'Élise Vonaesch, auteurs de «Clandestines».