L’Église abandonne les sacrements pour lutter contre le virus Ebola

Dans le but d’empêcher la propagation du virus Ebola, les catholiques romains ont temporairement cessé l’administration de certains sacrements depuis l’apparition de cette maladie mortelle en mai dans la République démocratique du Congo.

Photo: Image d’archive. Campagne de prévention de l’Ebola en 2014 au Congo du Programme des Nations unies pour le développement. CC(by-nc-nd) UNDP

, Nairobi, Kenya, RNS/Protestinter

Jusqu’à nouvel avis, les catholiques ne recevront ni le baptême, ni la confirmation, ni l’ordination, ni l’onction dans le nord-ouest de la République démocratique du Congo, les régions du pays les plus durement touchées par l’épidémie d’Ebola qui a emporté au moins 28 vies depuis le 8 mai, date de confirmation de l’épidémie. Les nouveaux règlements s’appliquent à l’archidiocèse de Mbandaka-Bikoro, d’une étendue d’environ 95'000 km2. Quelque 650'000 des 1,2 million d’habitants de la région sont catholiques, d’après les statistiques de l’Église.

C’est l’archevêque Fridolin Ambongo Besungu, administrateur apostolique pour l’archidiocèse, qui a annoncé cette ordonnance pour la cessation de l’administration des sacrements qui demandent un contact physique, le 30 mai. Dans sa déclaration, il explique que le but est d’empêcher la propagation du virus Ebola, aussi connu sous le nom de fièvre hémorragique Ebola. Jusqu’à présent, un seul prêtre a été infecté par le virus, mais il s’est rétabli, précise l’archevêque.

Dans les paroisses où s’appliquent les nouvelles règles, les évêques et prêtres donneront la communion dans la main et pas dans la bouche. Le geste de paix qui s’exprime généralement en se serrant la main ou par une accolade, sera donné verbalement.

L’Ebola se propage quand il y a contact entre des lésions de la peau, telles qu’une petite coupure ou une blessure ouverte, et les fluides d’une personne contaminée, comme la salive, la sueur ou le sperme. Des cas à Mbandaka, une ville fluviale de plus d’un million d’habitants, ont soulevé des craintes que le virus se propage par les transports sur le fleuve. Le virus peut en outre se transmettre des animaux sauvages, comme des singes ou des chauves-souris, aux humains.

De nombreux officiels ecclésiastiques craignent que certaines croyances traditionnelles qui considèrent la maladie comme une malédiction aient agi comme des barrières à la prévention. L’Église essaie désormais de sensibiliser les gens sur les comportements à grand risque qui sont à éviter. Par exemple, Fridolin Ambongo Besungu a constaté que la maladie peut se répandre quand les membres de la famille de victimes de l’Ebola manipulent les corps. Il a par exemple vu récemment des proches transporter en moto le corps d’une victime de l’épidémie pour aller enterrer.

Un grand nombre de la population locale croit que la maladie est le résultat d’une malédiction sur les victimes qui auraient mangé la viande volée d’un animal sauvage, selon des officiels ecclésiastiques. Les responsables d’Église tentent d’aider les gens à comprendre que l’Ebola peut se transmettre d’une espèce à une autre. «Ces personnes sont très pauvres et attrapent les animaux sauvages pour les manger. C’est pourquoi beaucoup sont à risque. Nous tentons très fortement de les dissuader de manger de la viande sauvage», explique le révérend Josué Bulambo Lembe-Lembe de l’Église du Christ au Congo, à Bukavu, dans un entretien téléphonique avec Religion News Service (RNS).

Comme mesure préventive, son Église a placé des récipients d’eau et du savon aux portes pour que les visiteurs puissent se laver les mains. L’organisation humanitaire catholique, Caritas s’est engagée dans des actions de prévention en encourageant les mesures d’hygiène et d’assainissement, la mobilisation et la communication communautaires. «Nous comptons sur la collaboration des prêtres, religieux et religieuses, enseignants et travailleurs de la santé», décrit Jeanne Marie Abanda, coordinatrice Caritas pour la région de Mbandaka, dans une déclaration publiée sur le site de l’organisation.

Le gouvernement de la République démocratique du Congo et l’Organisation mondiale de la Santé, en collaboration avec les organisations humanitaires chrétiennes et autres, ont déployé d’immenses efforts pour limiter le virus. Pour la première fois, l’OMS a utilisé un vaccin pour prévenir la maladie. Dans un des cas les plus graves de l’histoire, l’Ebola a frappé trois pays ouest-africains entre 2013 et 2016, tuant 11'300 personnes parmi les 28'600 cas. L’épidémie actuelle est la troisième en RDC ces derniers cinq ans et la septième depuis la découverte du virus en 1976.