Une église gonflable sur les plages allemandes

Un pasteur baptiste allie sa foi et sa passion pour le cerf-volant. Il se déplace sur les plages du nord de l'Allemagne avec une église gonflable.

Photo: Des touristes devant l’église gonflable, à Sankt-Peter-Ording en juillet 2013 (Allemagne), DR.

La génératrice électrique et la pompe font un peu de bruit, en dix minutes les toiles se déplient et se tendent pour faire apparaître une église. Sa surface et de quatre mètres sur six. Son clocher culmine à six mètres. Sur la toile est imprimé un motif de briques rouges. Au bout du clocher, il y a une croix. Nous sommes sur la plage, à Sankt-Peter-Ording, au bord de la mer du Nord, en Allemagne. Les touristes s’approchent et se questionnent: «Mais, c’est quoi ça? C’est une église? C’est marrant!» Et ils entrent. En short et en T-shirt. Un touriste entre avec son chien. «C’est comme ça qu’il faut faire l’Église: aller vers les gens!», s’exclame une personne enthousiasmée. Depuis dix ans, le pasteur Carsten Hokema voyage avec son église gonflable de plage en plage, en Allemagne du Nord. Il invite les touristes et les cerfs-volistes à participer à un culte. C’est en 2008 que le pasteur aujourd’hui âgé de 46 ans a fondé son projet «Ewigkite»: jeu de mots entre l’allemand Ewigkeit qui signifie éternité et l’anglais kite qui veut dire cerf-volant. Son objectif était de pratiquer son sport, le sport du cerf-volant, tout en partageant la foi chrétienne.

Entre un quart et la moitié des participants ne sont pas allés à l’église depuis longtemps. Mais une église gonflable c’est différent, alors ils entrent!

Carsten Hokema est pasteur baptiste. Il est employé par l’Association des Églises libres comme pasteur et conférencier au service missionnaire pour l’Allemagne du Nord et il peut consacrer chaque année quatre semaines de son temps de travail à ce projet. L’Église baptiste assure la communication au public.

Régulièrement, les organisateurs de festivals de cerfs-volants invitent Carsten Hokema à venir avec son église gonflable. Devant l’édifice, des bénévoles apprennent aux ados à piloter un power-kite (cerf-volant de traction) ou un cerf-volant triangulaire et l’on parle de la foi. Parmi les sponsors du projet qui se finance uniquement par des dons, se trouvent plusieurs entreprises liées à la pratique de cerf-volant.

Interview

Rencontre avec le pasteur Carsten Hokema, créateur de l’Église Ewigkite

Carsten Hokema, comment vous est venue cette idée d’église gonflable?

Je suis un passionné de cerf-volant! L’air est mon élément! Un jour, j’ai suivi un séminaire, durant lequel nous nous sommes demandé comment nous les chrétiens, nous pourrions quitter notre tour d’ivoire et aller auprès des gens. J’ai songé que je pouvais aller à la rencontre de personnes qui font la même chose que moi: piloter des cerfs-volant. L’idée du médium gonflable m’est venue par la suite, car je trouvais que cela allait bien avec le cerf-volant.

C’est quelque chose que vous aviez déjà vu?

C’est une inspiration! Je me suis dit: «une église gonflable, je suis sûr que ça existe! Je suis sûr que c’est possible!» Et j’ai fait des recherches. La toile est très fine. C’est de la soie, sur laquelle on a imprimé le texte et les motifs. Je savais qu’il existait déjà une cathédrale gonflable en Angleterre.

A-t-il été facile de créer cet objet gonflable?

Non, pas du tout! J’ai un ami qui fait de la conception en trois dimensions. C’est lui qui a fait le plan de mon église gonflable. Ensuite, j’ai commencé à rechercher un fabricant. J’en ai trouvé un en 2007 et l’église était prête en 2008.

Est-elle facile à monter?

Oui, je la transporte dans deux boites en aluminium. On la sort et on la déplie comme un drap. Il y a deux composants: la nef et le clocher. On branche l’ensemble, et les deux chambres d’air se remplissent.

Avez-vous déjà rencontré des problèmes techniques?

Oui! Au bout du clocher, il y a une croix. Elle aussi est gonflable. Quand il y a une tempête, il nous arrive que cette croix s’incline. Nous avons déployé plein d’astuces pour la stabiliser!

Comment s’est déroulé votre premier culte dans cette église gonflable?

C’était un samedi de 2008, dans le cadre du plus grand festival international de cerf-volant sur l’île de Fanø, au Danemark qui rassemble environ cinq mille cerfs-volistes. Nous avons monté notre église gonflable sur la plage et avons célébré notre premier culte avec dix personnes qui étaient passées devant et qui avaient été intriguées par cette structure.

Quelle a été la personne la plus bizarre qui est venue au culte?

Quand nous faisons le culte au bord de la Mer Baltique, nous accueillons certains patients d’une clinique pour toxicomanes et ils s’assoient au milieu des bourgeois. Une fois, un catholique est venu et il recherchait le récipient avec l’eau bénite. Comme nous n’en avons pas, il a demandé s’il était dans une vraie église. Je lui ai répondu que l’Église est là où les humains sont assemblés au nom de Jésus.

Quelles activités proposez-vous dans l’église gonflable?

Nous faisons une exposition de six images et textes de la Bible, sur le thème de la Création, de l’homme Jésus et du calme retrouvé. Une fois, une femme est venue, et après avoir lu une pancarte, elle est restée dans notre église plus de trente minutes! À la fin, elle est venue vers moi et elle m’a dit: «Merci! Votre exposition m’a touchée.»

Nous distribuons aussi des cartes postales qui présentent des cerfs-volants. Nous en avons déjà distribué plus de dix milles.

Qui vient au culte à l’église gonflable?

Notre public est très mélangé. Un mécanicien, un avocat, un policier. Ils ont entre vingt ans et l’âge de la retraite. Des hommes et des femmes. Il y a aussi des ados qui nous voient sur internet et viennent pour apprendre le kitesurf. Mon travail consiste à les accompagner comme pasteur. Deux tiers de nos visiteurs n’ont pas de lien très fort avec l’Église. Nous voyageons avec notre église tout le long de la côte de la mer du Nord et de la mer Baltique. Les gens viennent de toute l’Allemagne.

C’est une façon de faire découvrir le christianisme?

Tout à fait! Je me souviens d’un monsieur qui m’a dit: «si l’Église était toujours comme vous la faites, j’y irais plus souvent!» Avec le projet Ewigkite, les gens découvrent la Foi.