Israël: le touriste, cet exigeant cadeau du Ciel

L’ouverture de lignes aériennes et le terrorisme en Europe ont amené les touristes en nombre en Israël depuis 2017. Un afflux qui crée des défis considérables en termes d’infrastructures et pourrait changer l’offre du secteur.

Photo: Une plage de Tel-Aviv ©Dana Friedlander/Ministère israélien du Tourisme

Par Aline Jaccottet

Il est des coins du monde où le salut vient du Ciel. À Jérusalem, Bethléem ou Nazareth, c’est plus qu’une métaphore biblique depuis qu’en 2012, un accord appelé «Open Sky» a permis l’ouverture de lignes directes entre Tel-Aviv et toutes les capitales européennes. La soudaine accessibilité et les prix défiant toute concurrence ont drainé des curieux qui jusque-là, n’auraient pas pensé à venir passer leur week-end sur la «taielet», la plage de Tel-Aviv. Résultat, le nombre de touristes a grimpé de 25%, une très bonne nouvelle pour un secteur qui a connu des phases difficiles, violences issues du conflit israélo-palestinien obligent.

Des attentats qui changent la donne

Cet afflux, les Palestiniens, dont l’économie ne recueille d’habitude que 20% de chaque dollar dépensé par un visiteur dans la région, en profitent aussi. «Nous avons assisté à la plus forte progression au monde du pourcentage de touristes dans les six premiers mois de 2017», affirme avec satisfaction le Bethléemite Sami Khoury, directeur de Visit Palestine. En 2017, quelque 2,7 millions d’intrépides - 350'000 de plus qu’en 2016 - se sont ainsi aventurés dans les Territoires palestiniens occupés (TPO), selon le ministre palestinien du Tourisme et des Antiquités.

La recette du succès est parfois douce-amère. Si les vols directs ont largement contribué à l’afflux touristique, un autre motif a mené les Européens à se rendre en Israël: le terrorisme qui désormais, les frappe aussi. «Les gens se disent soudain qu’en réalité, cela peut arriver partout. Dans ce contexte très instable, les précautions sécuritaires dont s’entourent les Israéliens sont perçues comme un plus», affirme Ben Julius, CEO de Tourist Israel. Ajoutons à cela que les victimes du conflit israélo-palestinien sont aujourd’hui exclusivement des Israéliens ou des Palestiniens. «Les touristes ne sont plus les cibles des protagonistes du conflit», souligne Sami Khoury de Visit Palestine.

Wanted: logement, désespérément

Mais l’abondance a ses revers, et les professionnels déplorent un manque criant d’infrastructures. Les horaires de visite des lieux saints n’ont pas été étendus — tout ou presque ferme à 16h00, sans compter que l’accès à certains endroits particuliers comme à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem ne se fait qu’à certaines heures. Faute de parking, les chauffeurs de cars doivent parfois déposer leurs clients assez loin des sites d’intérêt, ce qui ne facilite pas la vie des nombreux seniors qui voyagent en groupe.

Sans parler des problèmes de logement. «Depuis environ neuf mois, nous accueillons beaucoup plus de groupes. Il faut parfois réserver un an et demi à l’avance pour avoir une place chez nous», confie Corinne Samain qui dirige Ecce Homo, une merveilleuse maison d’accueil (120 lits) au cœur de la Vieille Ville de Jérusalem. La Française relève que la satisfaction de voir affluer tant de monde est toute relative: «La situation est très aléatoire dans ce pays. On doit toujours penser aux éventuels coups durs».

Bethléem se frotte les mains

Des attentats, une nouvelle Intifada, une guerre avec un voisin… de quoi décourager les investisseurs. Le secteur de la construction souffre aussi d’une légendaire lenteur bureaucratique. Résultat, «cela fait environ vingt ans qu’aucun hôtel de grande capacité et à un prix abordable n’a été construit autour des lieux les plus prisés», déplore Ben Julius de Tourist Israel. À Jérusalem, la situation est encore aggravée par le fait que dans la partie est, palestinienne, nombre de lieux d’accueil ont été remplacés par des espaces commerciaux ou fermés faute d’argent pour des rénovations.

Ne reste plus aux professionnels du tourisme qu’à trouver des «plans B» pour loger les groupes. Ils les séparent en deux, se rabattent sur des hôtels plus chers, de moindre qualité… ou les font dormir plus loin. Plus loin, soit à Bethléem par exemple où l’on se réjouit. Le nombre de chambres d’hôtel y a «quasi triplé en dix ans. Notre ville compte maintenant plus de 4000 lits disponibles», relève Sami Khoury de Visit Palestine. Mais la ville doit faire face à d’autres problèmes comme le mur de séparation qui l’empêche de s’étendre.

Une destination comme une autre?

Outre le problème des infrastructures, reste aux professionnels à relever un autre défi: fidéliser une nouvelle clientèle qui n’est pas là forcément pour l’héritage religieux de la région, mais fait un saut en Terre sainte comme on passerait un week-end à Paris, vols directs et à bon prix obligent. Trekkings en Cisjordanie, rencontres avec la population locale, découvertes culinaires… Ces nouveaux touristes contribueront peut-être à une nouvelle perception de la vie en Israël et dans les TPO. À condition bien sûre que le calme relatif de ces derniers mois soit préservé.