Une réplique de la presse de Gutenberg ressuscite les idées de la Réforme

Une réplique de la presse de Gutenberg est au cœur de la nouvelle exposition temporaire du Musée international de la Réforme. L’occasion de réfléchir au lien entre message et moyens de transmission.

Photo: Gabriel de Montmollin fait une démonstration du fonctionnement de la presse.

Par Joël Burri

La machine pèse 400kg. 3m de haut, 1m50 de large et 4m de long. L’ébéniste d’Yverdon-les-Bains Pierre-Yves Schenker qui la construite s’est inspiré notamment de la description qui est faite de la presse de Gutenberg dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. L’artisan a soigné l’esthétique; de fait, cette réplique est probablement beaucoup plus belle que la véritable presse de Gutenberg.

Autour de cette pièce monumentale, Gabriel de Montmollin, directeur du Musée international de la Réforme (MIR), à Genève s’affaire. Il encre un rouleau en faisant quelques mouvements sur une plaque «c’est très agréable comme geste. Très sensuel.» Puis le rouleau passe sur une forme — petite concession à la modernité, dans cette représentation muséographique, les caractères mobiles de Gutenberg sont remplacés par une plaque de nylon gravée sur la base d’un fichier informatique. Enfin, le théologien place une feuille et referme la frisquette, une sorte de cache en bois. La feuille ainsi maintenue est rabattue sur la forme encrée et glissée sous la presse. Gabriel de Montmollin tire sur un levier et fait «crier la machine». La page est pressée en deux étapes et la page imprimée est examinée. «Pas mal, mais elle est un peu trop encrée.» Du 4 juin au 31 octobre, les visiteurs du MIR pourront, eux aussi, imprimer une page de bible et la garder en souvenir.

«Martin Luther souhaitait un débat interne à son Eglise», rappelle Gabriel de Montmollin. «Mais environ deux mois après avoir lancé le débat, il s’est rendu compte que les gens connaissaient ses thèses et en parlaient. C’est parce qu’elles avaient été imprimées et diffusées, à cette époque où le droit d’auteur n’existait pas.» L’imprimerie a joué un rôle central dans la diffusion des idées de la Réforme. «L’imprimerie et la réforme, ce sont un mécanisme et une idée forte qui se sont épaulés mutuellement», résume Gabriel de Montmollin, rappelant au passage l’importance économique qu’a pris l’imprimerie dans les régions où la censure était moins vive, Genève par exemple. Toutes ces raisons font que le MIR a souhaité mettre en avant la presse en cette année de jubilé des 500 ans de la Réforme protestante, au travers de l’exposition temporaire «Print! Les premières pages d’une révolution».

L’univers de Gutenberg

Dans la pièce adjacente à celle où trône la presse, l’univers de Gutenberg est évoqué au travers d’une exposition de «best sellers» de l’époque. «Un million de bibles ont été imprimées durant les 50 premières années du XVIe siècle», rappelle Gabriel de Montmollin. «Après la Bible, vient le psautier, que chaque famille protestante se devait de posséder, 100’000 exemplaires ont été imprimés.» A voir aussi un manuel de chirurgie d’Ambroise Paré, «L’éloge de la folie» d’Erasme et divers pamphlets. «L’imprimerie a donné un formidable essor à la formation, à l’information et aux controverses», résume le théologien.

Une Bible unique

Plus qu’une exposition, «Print! Les premières pages d’une révolution» est une performance. A raison de huit pages par jour, une Bible sera imprimée sur du papier fabriqué à la main par le Musée du papier de Bâle. L’ouvrage sera terminé et relié le 31 octobre, jour anniversaire de 500 ans de l’affichage par Luther de ses thèses, évènement symbolique que la tradition consacre comme début de la réforme. «Comme Luther qui avait choisi de traduire la Bible en langue contemporaine, nous avons opté pour un texte dans une langue qui soit de notre temps», explique Gabriel de Montmollin. La version utilisée est donc la nouvelle traduction Bayard. 750 pages seront donc regroupées pour former un exemplaire unique de la Bible du 500e. Gabriel de Montmollin explique: «unique pour rappeler le sola scriptura», l’affirmation par laquelle Luther affirme le texte biblique comme seule base de la foi.

Dialogue avec des artistes contemporains

Comme cela avait été le cas pour la Bible de Luther, des artistes contemporains ont été invités à décorer le texte. «Nous avons proposé cette collaboration à des artistes de renom, mais qui ont un lien avec Genève», explique Gabriel de Montmollin. Plusieurs de leurs œuvres sont déjà exposées dans la salle où figurent les best-sellers du XVIe siècle. Ainsi John M. Armleder présente une fascinante couronne d’épines en argent doré. Marc Bauer propose une fresque murale sur le thème des outils du charpentier —ou de la crucifixion. Vidya Gastaldon expose des collages sur la vie de Jésus et Mai-Thu Perret présente la spiritualité eu travers d’une spirale de néon. «Les artistes sont libres de s’exprimer sur n’importe quel passage de la Bible», souligne Juri Steiner, directeur artistique. «Mais Jésus reste une figure incontournable qui semble beaucoup les inspirer.»

A titre personnel, l’historien de l’art se dit fasciné par «la fixation des protestants pour l’écrit.» Une curiosité qu’il aurait aimé satisfaire: «quand j’ai commencé à travailler avec Gabriel de Montmollin, il y a une année, nous nous étions promis, lui d’améliorer son allemand, et moi de progresser dans ma connaissance de la religion», raconte le Zurichois d’origine. «Gabriel parle toujours aussi mal allemand et moi je ne comprends toujours rien à la religion.»

Infos pratiques

«Print! Les premières pages d’une révolution»
Musée international de la Réforme, rue du Cloître 4, Genève
Du 4 juin au 31 octobre 2017
Du mardi au dimanche 10h-17 h, entrée 13fr.
Diverses conférences seront proposées en marge de l’exposition.