«Notre époque est celle d’un esprit œcuménique renouvelé»

De passage à Lausanne, le modérateur de l’Eglise vaudoise du Piémont a décrypté la récente visite du pape dans sa communauté.

De passage à Lausanne, le modérateur de l’Eglise vaudoise du Piémont a décrypté la récente visite du pape dans sa communauté.

Photo: Modérateur de l’Eglise vaudoise, Eugenio Bernardini offre une Bible d’Olivétan au pape François. ©P. Romeo/Riforma

Par Joël Burri

Riche d’une histoire de 500 ans de réforme et de 300 ans de préréforme, l’Eglise vaudoise du Piémont ou Table vaudoise est probablement la plus ancienne Eglise protestante. Son modérateur, le pasteur Eugenio Bernardini était de passage à Lausanne la semaine passée, le temps d’une visite au Synode de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud et de donner des nouvelles de la communauté vaudoise devant le comité de soutien en Suisse romande.

«Vivre en Italie, ce n’est pas comme vivre en Suisse. C’est tout proche, mais c’est très différent. L’Italie c’est le pays du pape. La seule parole autorisée, c’est celle du pape», prévient Eugenio Bernardini en introduction de sa présentation. C’est dire l’importance pour cette communauté ghettoïsée dans les vallées du Piémont jusqu’en 1848, de la visite du pape François dans leur temple de Turin qui a eu lieu en 2015.

«Nous avons invité François, car lorsqu’il est devenu pape, nous avons eu l’impression que quelque chose avait changé.», explique Eugenio Bernardini. Le fondateur de l’Eglise vaudoise (qui est resté dans l’histoire sous le nom de Pierre Valdo) et François «ont beaucoup de points communs.» L'invitation a rapidement donné lieu non seulement à la visite du pape à Turin, mais également à une visite de représentants de la Table vaudoise au Vatican.

Rencontre fraternelle

«C’était une rencontre très fraternelle. Plus fraternelle que ce à quoi nous nous attendions», raconte Eugenio Bernardini. Il donne quelques clés pour comprendre certains actes symboliques de la rencontre. «François a demandé pardon pour les péchés de l’Eglise catholique. Jean-Paul II avait lui demandé pardon pour les péchés des fils de l’Eglise. C’est un acte très fort, car la doctrine veut que l’Eglise, contrairement à ses fils, ne puisse pas pécher.»

Les vaudois ont offert une bible d’Olivétan au pape, la première traduction de la Bible en français sur la base des textes en grec et en hébreu. «Nous ne pouvions offrir qu’une Bible, car c’est cela qui nous unit. Le pape l’a embrassée, comme les orthodoxes embrassent les icônes. C’était un geste d’amour, pas de pouvoir. Le pape était souriant; ses proches un peu moins.» Eugenio Bernardini commente: «l’époque que nous vivons est vraiment celle d’un esprit œcuménique renouvelé.»

Eugenio Bernardini a également présenté les activités de la Table vaudoise en faveur des migrants et des victimes des tremblements de terre en Italie. Cette Eglise est, en effet active à la fois à Lampedusa et dans un projet appelé corridor humanitaire, permettant à des personnes en situation de détresse d’atteindre l’Europe en avion de ligne plutôt qu’en confiant leur vie à des passeurs sans scrupule. Lors de leur visite au Vatican, les délégués vaudois ont d’ailleurs offert au pape des dessins d’un de leur opérateur à Lampedusa qui traduit en images les témoignages collectés sur place.