Un réseau laïque romand voit le jour

Un groupe Facebook et bientôt un site web sont mis en place pour débattre des enjeux autour de de la neutralité religieuse de l’Etat et mettre en relation les militants pour la laïcité des différents cantons.

Photo: Un crucifix devant une école à Saint-Rémy-de-Provence CC(by-nc-nd) Jan Buchholtz

«Nous vivons actuellement des attaques médiatiques puissantes pour faire passer la laïcité pour antireligieuse», regrette Marco Polli, enseignant retraité lors d’un point presse consacré à la création du Réseau laïque romand. Il donne comme exemple les multiples interventions d’Hani Ramadan. Yves Scheller, porte-parole de la Coordination laïque genevoise, rappelle que jusqu’en 2011 existait une Association suisse pour la laïcité. La majorité de ses membres étant genevois, celle-ci s’est repliée sur le bout du lac au moment où commençaient les discussions qui ont amené au projet de Loi sur la laïcité actuellement débattu.

Aujourd’hui, un groupe d’intellectuels souhaite revenir sur cette question dans les différents cantons romands. Intarissables quand il s’agit de parler de laïcité, ce qu’elle est, ce qu’elle n’est pas et comment elle est systématiquement caricaturée par ses opposants, le groupe est moins prolixe pour présenter leur organisation et ses activités. «Nous ne sommes pas une association prévient Yves Scheller. Plutôt un groupe informel qui met en relation des personnes dans différents cantons.» Le groupe est prêt à mettre son expertise au service des partis politiques au travers de diverses interventions et espère favoriser la création d’associations cantonales.

«Actuellement, une personne qui souhaite nous rejoindre doit passer par le groupe Facebook. C’est là le cœur de nos activités», explique la journaliste Nadine Richon. «Nous allons avoir un site web, mais pour des raisons techniques sa mise en ligne a été retardée», précise Yves Scheller.

Appelé à prendre position sur quelques questions d’actualité, le groupe se dit fermement opposé au port du voile par des agents de l’Etat, mais ne soutiendra pas l’initiative de l’UDC valaisanne contre le voile à l’école. «Les élèves sont des usagers de l’école. Ils sont donc libres de porter des signes religieux» explique Yves Scheller. Pas question, par contre, pour une enseignante, représentante de l’Etat de faire de même. «La laïcité, c’est le seul moyen de ne pas faire des citoyens de première et deuxième classe», insiste Sylviane Roche. «Les problèmes posés par la voile à l’école en France ne se posent pas en Suisse», complète Yves Scheller. «Ici, les élèves ne subissent pas de pressions si elles ne sont pas voilées. Si cela devait être le cas, il faudrait prendre des mesures, mais nous n’allons pas agir contre un problème qui ne se pose pas.» Marco Polli précise: «l’UDC ne défend pas la laïcité, elle stigmatise les musulmans.»

Interdire aux enseignantes de porter le voile, n’est-ce pas priver des femmes d’emploi? «Seules les personnes qui travaillent pour une collectivité publique doivent renoncer à porter un symbole religieux. Les femmes voilées peuvent travailler dans le privé», rétorque Yves Scheller. Estimant qu’il n’y a pas à transiger sur la question, il rappelle que le voile n’est pas une obligation islamique. «Le voile est devenu un costume politico-religieux. Les femmes qui le portent sont soit des militantes, soit des victimes, soit des idiotes.»