Un groupe de réflexion appelle l’Eglise allemande à se souvenir des victimes de la chasse aux sorcières

A l’approche du Jubilé de la Réforme, les écrits antisémites de Luther ont été largement discutés. Un groupe de théologiens se bat pour que l’on n’oublie pas non plus que le réformateur soutenait les procès en sorcellerie.

Image: Arrestation d’une femme accusée de sorcellerie. Gravure de 1883 de Howard Pyle.

Unna (EPD/Protestinter). Un groupe de réflexion sur les procès en sorcellerie, intitulé Hexenprozesse, a appelé l’Eglise protestante allemande à célébrer un culte à la mémoire des victimes de la chasse aux sorcières, à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme, qui aura lieu en 2017. Comme l’a annoncé la semaine passée Hartmut Hegeler, président du groupe. Ils viennent d’envoyer à l’Eglise protestante d’Allemagne (EKD) une pétition à ce sujet, qui a recueilli plus de 1000 signatures. «Nous ne devons pas passer sous silence les pages sombres de Martin Luther», peut-on lire dans le texte adressé à Heinrich Bedford-Strohm, président du Conseil de l’EKD, et à Margot Käßmann, ambassadrice de la Réforme.

Luther était largement favorable à la chasse aux sorcières; dans l’un de ses sermons, il l’a même décrite comme une «loi particulièrement juste». Il se référait alors au livre de l’Exode, où il est écrit: «Tu ne laisseras point vivre les sorcières». Lors d’une conférence à Brunswick, en 2013, Nikolaus Schneider, ancien président du Conseil de l’EKD, décrivait l’attitude de Luther envers la chasse aux sorcières ainsi que ses écrits antisémites comme les «ombres noires» de la Réforme.

«Une célébration de commémoration serait un acte symbolique pour montrer que l’Eglise fait face également aux pages sombres de son histoire», a déclaré Hartmut Hegeler à l’agence de presse protestante allemande EPD. L’Eglise, selon lui, devrait «annuler la condamnation religieuse des victimes et restaurer leur honneur de chrétiens.» En outre, les descendants directs des victimes attendent toujours un geste de réconciliation. A l’occasion du Congrès œcuménique des Eglises de Munich, en 2010, le groupe de réflexion a déjà célébré un culte en mémoire des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants qui furent assassinés, principalement aux XVIe et XVIIe siècles. Hartmut Hegeler précise que la célébration a été organisée par le groupe, et non par l’Eglise elle-même.

Depuis plusieurs années, Hartmut Hegeler, théologien et professeur de religion à la retraite, originaire de la ville d’Unna en Westphalie, s’est engagé avec son groupe de réflexion Hexenprozesse pour la réhabilitation des victimes de la chasse aux sorcières au sein de la société. Depuis lors, plus de quarante villes à travers l’Allemagne ont suivi ses indications et restauré, par décision du Conseil, l’honneur de ceux qui furent tués jadis.