Matthieu Mégevand reprend les rênes de Labor et Fides

A 31 ans, le Genevois Matthieu Mégevand, succède à Gabriel de Montmollin à la tête de Labor et Fides, principale maison d’édition protestante de langue française, spécialisée en sciences humaines et religieuses. Passionné d’histoire des religions, l’auteur de «Ce qu’il reste des mots», un roman sur le drame de Sierre paru en 2013, entrera en fonction en juillet 2015. Rencontre.

Photo: Matthieu Mégevand © Guillaume Mégevand

En tant que futur directeur de Labor et Fides, en quoi va consister votre travail?

Les Editions Labor et Fides publient entre 30 et 35 livres par année. Ma principale tâche sera de choisir les ouvrages. Il s’agit de trouver des auteurs liés de près ou de loin avec l’intelligentsia protestante sous toutes ses formes, de lire les manuscrits tout en gardant une cohérence éditoriale. Mais le travail du directeur consiste également à gérer l’ensemble de la maison d’édition avec les autres collaborateurs: l’impression des livres, la promotion, les calendriers et tout le suivi administratif et financier. C’est un travail polyvalent, le directeur va aussi ranger des livres ou participer à des salons. Il faut être multitâche et c’est justement ce que je trouve passionnant. Bien que je reprenne le poste en juillet, j’y vais déjà une fois par semaine, actuellement, pour m’intégrer et comprendre le fonctionnement de la maison.

Qu’est-ce qui vous a poussé à postuler?

En fait, on me l’a proposé. Gabriel de Montmollin, le directeur actuel, a cherché différents profils pour le remplacer. Il a pensé, entre autres, à moi. Ce poste m’a tout de suite intéressé, car il lie ce qui me passionne: tout ce qui a trait à la théologie, la recherche et l’histoire des religions. Et comme je suis également écrivain, je connais un peu l’édition – du côté des auteurs -, et c’est aussi un domaine qui m’intéresse énormément. Ces différents éléments réunis composent la proposition parfaite avec le défi passionnant d’apprendre un métier et de pouvoir ensuite développer mes propres idées.

Les livres et la religion, deux domaines en perte de vitesse en Europe, comment pensez-vous y faire face?

C’est un réel défi, mais plutôt que de m’effrayer, il me stimule, car c’est l’occasion d’être créatif, de développer de nouvelles idées et de poursuivre ce que Gabriel de Montmollin a mis en place en ouvrant Labor et Fides au grand public. Par exemple, avec des auteurs comme Lytta Basset ou dernièrement Marion Muller Colard.

Que souhaitez-vous apporter pour continuer à toucher le grand public?

Par exemple, je souhaiterais publier des ouvrages sur l’islam, une religion que j’ai étudiée à l’Université, car on en parle énormément actuellement, mais cette religion reste méconnue du public. Je vais aussi poursuivre le travail de Gabriel de Montmollin par rapport à la spiritualité, car si la religion perd ses adeptes en occident, la demande de spiritualité est en constante progression. Le but n’est évidemment par de publier des livres d’autoconstruction ou de coachings, mais de proposer des ouvrages exigeants et en même temps grand public.

31 ans, c’est jeune pour se retrouver à tête d’une maison d’édition?

Je connais bien le catalogue et les thématiques spécifiques de Labor et Fides. A la fois par mes études en sciences de religion, mais aussi par mon activité de journaliste auprès du «Monde des religions» où j’écris notamment les recensions des livres publiés par Labor et Fides. Mon regard est évidemment différent de celui d’une personne de 50 ans, dont je n’ai ni le bagage, ni l’expérience, mais j’ai des idées. Quand j’entrerai en fonction, au mois de juillet, j’aurai 32 ans, l’âge auquel Gabriel de Montmollin avait lui-même pris la tête de la maison. Et durant ma première année, il restera administrateur délégué et nous allons travailler en interaction.

Parallèlement, à votre activité de journaliste et de chargé de communication pour la Faculté de théologie de l’Université de Genève, vous êtes écrivain. Avez-vous un ouvrage en préparation?

Oui, j’ai un projet de livre sous forme d’entretiens avec le professeur de la Faculté de théologie de l’Université de Genève, Andreas Dettwiler. C’est un ouvrage de vulgarisation qui explique ce qu’est l’approche historico-critique pour un exégète du Nouveau Testament tout en exposant comment faire résonner ce savoir avec la foi, dans la modernité. Ce travail cible le grand public. Il devrait paraître en automne 2015. Je suis également en train d’écrire une fiction que j’essaie de terminer avant de commencer à travailler chez Labor et Fides.