Les protestants romands se donnent une journée pour réfléchir à leur web

Les protestants romands actifs sur le web étaient invités à se retrouver IRL, entendez par là, in real life, dans la vraie vie, pour la troisième édition des Assises du web protestant. Une cinquantaine de personnes intéressées de près ou de loin aux activités des Eglises sur le Net se sont ainsi rendues, jeudi 5 juin à l’Institut œcuménique de Bossey pour une journée de réflexion et de partage.

Le bagage des participants aux troisièmes assises du web se sera alourdi de quelques outils pratiques pour mieux utiliser le web et les réseaux sociaux, mais aussi de pas mal de questions sur les pratiques actuelles et futures.

Nos divergences et notre complexité en ligne

La première de ces réflexions a été initiée par le théologien hyperactif sur le web, Nicolas Friedli. Il a ouvert la session en listant l’impressionnante offre protestante romande sur le web: l’offre est abondante. Cela pousse l’orateur à cette question un brin provocante: «doit-on dire que “c’est merveilleux, car on a réussi, en dix ans à peine, à reproduire toute la diversité du protestantisme romand sur le web?” Ou doit-on plutôt dire que “c’est une catastrophe, car on a réussi, en moins de dix ans, à reproduire toutes nos divergences et notre complexité sur le web.”» Nicolas Friedli note également le web protestant romand reproduit les structures institutionnelles plus qu’il ne cherche à répondre aux demandes des internautes de manière intuitive.

Connectés! Jusqu’à l’heure du culte

Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne, a présenté une analyse de ce que Facebook avait changé dans la société. Le premier constat est qu’en quelques années ces nouveaux modes de communication ont pris une très grande importance dans notre société. Au point que selon une étude 9% des Américains reconnaitraient échanger des messages jusque pendant le culte.

Facebook, par le biais de ses algorithmes peu transparents, dicte même l’accès à l’information de nombreux utilisateurs: 48% des adolescents américains accèdent à l’information au travers de ce qui est partagé sur les réseaux sociaux. Enfin, Facebook modifie profondément le rapport des jeunes à la sphère privée. Pour exister en ligne, il est nécessaire de s’afficher, de se montrer, de se donner à voir. Certaines choses ne changent pourtant pas, malgré la centaine d’«amis» qu’un utilisateur peut avoir sur le site, il ne communiquera quotidiennement qu’avec 5 à 8 personnes.

Facebook pose ainsi toute une série de questions, auxquelles, la génération qui a grandi avec le média semble répondre de manière plus sereine que ses aînés: redéfinition de la sphère privée, nouvelles règles d’interactions et de hiérarchie sociale. Avec en toile de fond le constat que les réseaux sociaux sont un miroir déformant: «on sait que les extrémistes ont tendance à s’y exprimer davantage que les autres; on sait que les incompétents ont tendance à s’exprimer plus que les autres. Pourquoi? Par ce que l’un des signes de l’incompétence est de ne pas connaître les limites de sa compétence.»

Twitter: idéal pour contacter les journalistes

Journaliste à la RTS, Magali Philip est une observatrice des réseaux sociaux dont elle tire une chronique matinale sur La Première: sonar. Elle constate que si les réseaux sociaux permettent, en théorie, à n’importe qui de s’exprimer et de contacter d’autres utilisateurs, mettant ainsi fin à une certaine hiérarchie dans la société, dans la réalité les groupes sociaux se reconstruisent en ligne: les jeunes sont utilisateur de YouTube, et Twitter est utilisé, en Suisse, presque exclusivement par des politiciens et de journalistes.

Tout au long de son intervention, Magali Philip a distillé quelques conseils pratiques. Ainsi les institutions et entreprises devraient se doter d’une politique claire en matière de réseaux sociaux et être prêtes à réagir à un «bad buzz». Dans ces cas-là, il ne faut pas improviser.

La majorité des protestants francophones et africaine

Isabelle Fiévet-Rossignol, directrice de la publication et la directrice éditoriale de la Fondation Bersier, est revenue sur les 16 mois d’existence de Regardsprotestants.com. Lancé en janvier 2013, ce site reçoit actuellement 20’000 visiteurs par mois et ambitionne d’atteindre les 250’000 en 2017. Il donne une visibilité aux contenus de divers médias protestants, mais n’a pas pour objectif de produire son propre contenu.

Un constat: la part de visiteurs africains est importante. Isabelle Fiévet-Rossignol rappelle, citant, l’historien Sébastien Fath, que sur 22 protestants francophones, un seul et français et plus de 20 sont africains. Les internautes africains utilisent rarement un ordinateur, mais ont plus facilement recours à des tablettes et smartphones: un élément à ne pas oublier lors de la conception des sites.

Le blog, un outil social

Martin Grandjean, chercheur à l’Université de Lausanne, mais surtout connu du grand public comme blogueur et pour ses graphiques de visualisation de données. Le blog lui a permis d’entrer en contacts et de se faire connaître non seulement des médias, mais aussi de professeurs et de chercheurs dans son domaine de recherche: l’histoire intellectuelle. Il faut toutefois accepter de s’exposer et respecter une certaine discipline: un blog doit avoir une identité claire, une ligne rédactionnelle claire.

Les liens et les commentaires sont des moyens de se faire remarquer par d’autres blogueurs ou webmasters. Ils permettent de montrer à quelqu’un qu’on le suit. Souvent, une certaine réciprocité s’installe ce qui permet de faire connaître son propre blog, un véritable travail de réseautage. Par contre, le succès d’un billet peut être tout à fait inattendu: les partages se font très vite et un blogueur ne maîtrise pas l’utilisation qui est faite de ce qu’il publie.

(job)

Des traces en lignes

Les assises du web ont naturellement laissé quelques traces sur le web: