Le Mouvement de Lausanne fête discrètement ses 40 ans sur sa terre natale

Alors que l’évangélisation était en crise au début des années 1970, la Déclaration de Lausanne lui a apporté un souffle nouveau et a permis un renouveau théologique dans lequel se reconnaissent, aujourd’hui encore, les chrétiens issus des mouvements évangéliques.

Photo: Célébration des 40 ans du Mouvement de Lausanne au Temple Saint-Martin de Vevey

«Les fruits du mouvement de Lausanne grandissent mieux sur d’autres arbres», a regretté Michael Ho, directeur général du Mouvement de Lausanne pour l’évangélisation du monde. Il est vrai qu’alors que depuis la création de cette alliance missionnaire, la Suisse s’est fortement sécularisée.

La présence, à l’Institut biblique Emmaüs de Saint-Légier, durant toute la semaine passée, du 5 au 9 mai, de représentants d’Eglises de près de 50 pays n’a pas suscité l’intérêt qu’un tel colloque aurait pu provoquer.

Cette rencontre marquait les 40 ans du Mouvement et de la Déclaration de Lausanne qui depuis 1974 influencent les évangéliques du monde entier de manière si considérable que le Réseau évangélique suisse n’a pas hésité à titrer son communiqué: «Les évangéliques du monde entier, tous Lausannois?»

Urgence de la Mission

Encore aujourd’hui des croyants de divers endroits de la planète reconnaissent l’influence des débats qui se sont tenus au Palais de Beaulieu et de la déclaration finale qui en a été tirée. Ce texte donne une importance primordiale à l’évangélisation et à son urgence, des valeurs aujourd’hui encore fortement présentes au sein des mouvements évangéliques.

«Des personnes sont venues des quatre coins du monde pour réfléchir, débattre, prier et rêver comment les chrétiens peuvent être une réponse pour ce monde», a résumé Olivier Fleury, directeur de Jeunesse en mission pour la Suisse, en ouverture du culte marquant la fin de cette semaine de rencontres, vendredi soir au Temple Saint-Martin de Vevey.

Mission en crise

«A la fin des années 1960 et au début des années 1970, le mouvement missionnaire était en crise. Les évangélistes étaient accusés d’être des partenaires du colonialisme, paternalistes, et d’être insensibles aux réalités locales» a rappelé Ramez Atallah, vice-président du Mouvement de Lausanne, lors de ce même culte. «Ainsi avant la rencontre de Lausanne, les évangéliques avaient perdu confiance en la mission et manquaient d’outils pour le faire.»

Convoquée par l’évangéliste américain Billy Graham et le théologien britannique John Stott, cette rencontre et la déclaration qui a suivi ont marqué, selon les évangéliques d’aujourd’hui, un véritable tournant. «Beaucoup de ceux qui avaient honte de l’Evangile, car ils pensaient qu’il ne s’adressait pas au monde actuel ont été renforcés dans leur foi», explique Ramez Atallah qui avait déjà participé aux débats en 1974.

Mais la Déclaration de Lausanne a aussi permis la mise en place du Mouvement de Lausanne, un réseau international de collaboration évangélique et la mise au point d’outils pratiques pour l’évangélisation encore influents aujourd’hui, par exemple définir des zones d’action missionnaire «non touchées par l’Evangile», non plus sur la base de grandes nations décourageantes tant le travail semble immense, mais en identifiant des minorités ou de plus petites communautés locales.

Témoignage par l'action sociale

Enfin, la rencontre de Lausanne a insisté sur l’importance de l’action sociale, donnant naissance dans les années 1970 à de multiples œuvres caritatives évangéliques au sein des mouvements évangéliques. «La déclaration de Lausanne a donné une nouvelle forme à la confession de l’Evangile. Il ne s’agissait plus seulement de témoigner de sa foi oralement, mais également de témoigner par ses actions sociales», a résumé Ramez Atallah.

Philippe Decorvet, pasteur retraité de Corseaux, aussi présent en 1974, a rappelé que si la rencontre de Lausanne avait été un moment fort, on voyait ses prémisses déjà en 1955 à Genève, lors de la première visite de Billy Graham: «pour la première fois dans cette ville, toutes les communautés, des plus conservatrices jusqu’aux plus pentecôtisantes ont collaboré.»

Ce travail a ensuite donné naissance à de grandes amitiés entre chrétiens de diverses confessions «des amitiés si fortes que le comité d’organisation de l’événement autour de Billy Graham n’a pas été dissous, comme prévu, mais a donné naissance à l’Action commune d’évangélisation.»

«Comparable à la Dispute de Lausanne»

Le pasteur Philippe Decorvet n’hésite pas à comparer la Déclaration de Lausanne de 1974 à la Dispute de Lausanne de 1536, qui a permis l’adoption de la Réforme par le Canton de Vaud. Alors que l’évangéliste Guillaume Farel, le pasteur Pierre Viret et le théologien Jean Calvin ont permis un succès de la dispute, ce sont l’évangéliste Billy Graham et le théologien John Stott qui ont été les moteurs du succès de la déclaration. «La dispute et la déclaration sont dans une même ligne!»