Un élargissement de la reconnaissance mutuelle du baptême

Les Eglises sont-elles unies dans leur compréhension et leur pratique du baptême? La réponse pourrait être celle d’un Normand: oui et non! En 1973, une reconnaissance fut signée entre la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse, la Conférence des Evêques catholiques de Suisse et l’Eglise catholique chrétienne. Comme le paysage ecclésial s’est grandement diversifié depuis 40 ans, la Communauté de travail des Eglises chrétiennes en Suisse (CTECH) a remis l’ouvrage sur le métier et décidé un élargissement de cette reconnaissance aux huit autres Eglises membres.

, responsable du dialogue œcuménique dans l’Eglise évangélique réformée du Canton de Vaud.

Commencé en 2009, ce travail est actuellement dans sa dernière étape. Il vient de recevoir le feu vert de l’Assemblée de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse; orthodoxes, anglicans et méthodistes ont donné leur accord; on attend celui de la Conférence des évêques catholiques. Mais l’Alliance des communautés baptistes a annoncé qu’elle ne signerait pas la Déclaration.


Une compréhension commune du sens du baptême

Que peuvent dire ensemble sur le baptême les onze Eglises membres de la CTECH? En lisant attentivement la Déclaration, suivie de son commentaire (deux fois plus long), je voudrais souligner quelques points:

Le baptême dans la mort et la résurrection du Christ est un signe de l’union au Christ et de la nouvelle naissance. Il est aussi un lien d’unité entre les chrétiens de toutes les Eglises. Il présuppose la confession de foi (personnelle du candidat conscient ou par procuration: parents et parrain/marraine pour un enfant sans discernement).

Cette profession de foi se vit dans la communion de la confession de foi de l’Eglise universelle. Un point important de l’argumentation (que je développe ci-dessous) est que le baptême fait partie de l’initiation chrétienne. L’importance de la catéchèse est affirmée: «Baptême et catéchuménat se complètent réciproquement».

Enfin le baptême a des conséquences missionnaires et œcuméniques. Il est «un appel aux Eglises pour qu’elles surmontent leurs divisions et manifestent visiblement leur communion».

Le dialogue avec les baptistes

Deux Eglises membres ne signeront pas cette Déclaration. L’Armée du salut n’a pas de rite baptismal. Quant à l’Alliance des communautés baptistes en Suisse, elle est d’accord avec la Déclaration «dans la mesure où elle se réfère au baptême de conversion et de foi». C’est dire qu’elle ne peut souscrire le point qui reconnaît l’égale validité des baptêmes d’enfants et de personnes ayant l’âge de raison. En effet, selon les baptistes, dans le baptême administré à des enfants, il manque «les éléments essentiels que sont la conversion, la foi et la liberté d’assumer sa responsabilité».

Alors que les Eglises baptisant les enfants mettent en valeur l’initiative de la grâce de Dieu, les Eglises de tradition baptiste soulignent la réponse humaine. Aucune Eglise ne rejette l’importance de ces deux dimensions. C’est une question d’accent. Mais aujourd’hui l’accent est encore tellement marqué, qu’il empêche les baptistes de reconnaître la validité du baptême des enfants.

Le dialogue doit donc continuer. J’espère qu’il aura lieu aussi en Suisse romande, où l’Alliance des communautés baptistes n’est pas représentée. Nos partenaires de dialogue sont les Eglises évangéliques et pentecôtiste, en particulier la Fédération romande d’Eglises évangéliques. Vu le caractère congrégationaliste de ces Eglises, les relations de communion, dans la vérité et l’amour, entre celles-ci et les paroisses réformées et catholiques sont déterminantes.

L’importance de l’initiation chrétienne

Mais comment approfondir ce dialogue? Le document de la Communauté des Eglises donne une piste. A la suite des perspectives ouvertes par le Conseil œcuménique des Eglises, il veut réfléchir sur le baptême dans le contexte de l’initiation chrétienne.

Il estime que les différences de pratique (en particulier la question de l’âge du baptisé) cesseront d’être un élément diviseur si on admet que l’initiation baptismale implique trois éléments fondamentaux: le baptême proprement dit au nom du Dieu trinitaire célébré avec de l’eau, un approfondissement de la foi à travers la catéchèse et la participation à la vie de l’Eglise en vivant dans l’amour selon les enseignements de Jésus.

Cette initiation représente un cheminement de toute une vie. Cela constitue «un élément de rapprochement» et de dialogue. Le plus important n’est pas de déterminer à quel moment le baptême a lieu, mais de le vivre.

Questions aux réformés

Ce texte interpelle, à mon sens, les Eglises réformées sur plusieurs points. La première question touche au statut de la confession de foi. «La confession de foi personnelle est liée à la confession de foi de l’Eglise universelle»: cette formulation un peu vague de la Déclaration semble être un compromis avec les Eglises réformées, qui, en Suisse, n’utilisent plus le Symbole des Apôtres depuis le 19e siècle.

Ce fait avait interpellé les autres Eglises membres de la Communauté des Eglises. Or, si la foi est personnelle, elle est aussi communautaire. Le baptisé entre dans une communauté qui confesse la foi et la reçoit des apôtres. Le dialogue avec l’Eglise orthodoxe, laquelle insiste sur ce point, nous y rend attentifs.

Le baptême a aussi des implications missionnaires du baptême. La Déclaration affirme que le baptême conduit à «transmettre à tous sans exception l’expérience de la réconciliation». Ceci est plus engageant que la «transmission des valeurs» mise en avant par une certaine missiologie réformée.

Enfin, quel est le lien avec la recherche de l’unité de l’Eglise? Le fait que le baptême soit un appel à manifester visiblement la communion ecclésiale interpelle aussi les Eglises réformées. Régulièrement, elles se singularisent par des prises de positions en décalage par rapport à l’oikoumènè, en particulier dans le domaine éthique. Cette question, une des plus délicates du dialogue œcuménique, est débattue depuis longtemps dans le Conseil œcuménique des Eglises et constituera, sans doute, un enjeu majeur du dialogue œcuménique dans l’avenir.

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