Les réformés vaudois songent à bénir les couples pacsés

L'Eglise réformée vaudoise pourrait bientôt bénir les couples homosexuels pacsés. Le projet vient d'être rendu public. Le débat au parlement des réformés vaudois, qui aura lieu début novembre, s'annonce frontal.

L'Eglise évangélique réformée vaudoise sera peut-être la 10e Eglise cantonale réformée de Suisse à dire oui à la bénédiction des couples pacsés. Le conseil synodal de l'EERV, entendez l’exécutif de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, vient de boucler son projet avec une recommandation de vote favorable adressée à son parlement, le synode.

En Suisse romande, Fribourg et Berne ont déjà accepté de tels rites. Ils ont en revanche été refusés à Neuchâtel et Genève. Le Conseil de la Fédération des Eglises Protestantes de Suisse s'est engagé en 2005 en faveur du partenariat enregistré et de la bénédiction des couples homosexuels, mais n'en a jamais débattu en assemblée. En Suisse alémanique, le sujet est moins tabou avec huit Eglises qui ont déjà dit oui.

Le modèle vaudois concerne uniquement les couples homosexuels, liés par un partenariat enregistré à l’état civil, un statut qui existe depuis cinq ans. La Suisse a été le premier pays au monde où la reconnaissance des couples homosexuels s'est faite directement par le peuple.

Vaud: 580 couples pacsés entre 2007 et 2011

Si le parlement de l'EERV suit le conseil synodal, cela permettra aux couples pacsés de bénéficier d'une reconnaissance de l'Eglise assimilable à celle qu'ils ont obtenu au niveau civil. Concrètement, on compte 511 partenariats enregistrés dans le canton de Vaud entre 2007 et 2011, selon Statistique Vaud, dont les deux tiers entre hommes.

Dans l'Eglise vaudoise, l'affrontement s'annonce clairement entre les pro et les anti-bénédiction. Les premiers, avec pour chef de file le pasteur Nicolas Charrière, constatent que la notion de mariage, de couple, de famille a évolué au fil du temps. Ils estiment que l’Eglise peut s’adapter à ces évolutions sans renier ni son héritage, ni son message évangélique. Accueillir les homosexuels, c'est une façon de « lutter contre la souffrance et l'isolement que les humains font subir à leur semblables », lit-on dans leur rapport.

Les pro-bénédiction rappellent encore que dans les sociétés occidentales, l'homosexualité est le premier motif connu de suicide chez les jeunes. La bénédiction des couples homosexuels est donc un signal donné signifiant l'accueil et le non-jugement.

De leur côté, les anti-bénédiction défendent une ligne plus proche des évangéliques. Avec le pasteur Martin Hoegger à sa tête, ce courant considère que le couple et la famille traditionnelle, donc hétérosexuelle, est déjà fortement mise à mal et qu’elle n’a pas besoin d’un coup de boutoir supplémentaire, mais plutôt de soutien.

L'exception des Eglises protestantes

Les anti-bénédiction rappellent qu'à l'exception de quelques Eglises protestantes, les autres courants du christianisme, l’Eglise catholique, les orthodoxes et les évangéliques sont opposés à cette pratique. Les divergences sur ce point menacent à leurs yeux l’œcuménisme et l’unité.

Le projet de bénédiction des couples pacsés a de grandes chances d'être accepté. Les expériences qui ont été faites dans d'autres Eglises cantonales peuvent désamorcer certaines craintes. Mais les positions entre l'aile évangélique, le mainstream réformé et l'aile libérale sur cette question sont tranchées et semblent irréductibles.

Tania Buri

  • Pour lire le rapport du conseil synodal Vers une célébration des couples partenariés ainsi que les documents des groupes pro et contra, cliquez ici.

Vaud cadre davantage

Si la bénédiction des couples pacsés est acceptée, les pasteurs auront ensuite la liberté d'accepter ou non de pratiquer ce rite. Si l'on en vient à la cérémonie elle-même, le projet vaudois a posé un cadre à la différence d'autres cantons qui laissent à leurs ministres une plus grande latitude.

Le schéma est plus précis et adapte le rituel du mariage classique au partenariat enregistré. La cérémonie sera structurée par une lecture biblique, une prédication, un engagement des partenaires, une bénédiction du couple, une remise de la Bible et une prière d'intercession. La grande différence est la suppression du rappel du fondement biblique du mariage. TB