L’homme, créé à l’image de Dieu, est toujours en mouvement

Pensée relativement récente et encore en construction, la théologie des migrations va jusqu’à considérer que le salut de l’être humain passe par la migration. Le point avec Luis Vélasquez, qui vient de réaliser un mémoire sur le sujet.

Sans migration, pas de christianisme, pas d’Église et pas même de salut! C’est, en condensé, la pensée du catholique, Peter C. Phan, professeur de théologie à l’Université de Georgetown et penseur central de la théologie de la migration aujourd’hui. Si la proposition est trop radicale pour Luis Vélasquez, cet étudiant en théologie qui vient de finaliser un mémoire intitulé Théologie des migrations: une perspective éthique des migrations, reconnaît que cette dernière nous permet de repenser en profondeur la manière dont nous nous définissons comme humains, mais aussi notre conception de Dieu et du Christ.

Dieu serait-il lui-même un migrant? «C’est ce que j’ai postulé dans mon mémoire, en m’appuyant sur plusieurs textes. La confession d’Abraham qui reconnaît que son père était ’un araméen errant’. Dans ce texte très fort, on peut reconnaître l’image de Dieu à travers cette figure du père.»

Penser Dieu comme un migrant, c’est faire de cette figure un être caractérisé par le mouvement, le déplacement, la transformation, et non un être statique, immuable et comme nombre de représentations le laissent penser. Ce Dieu migrant se laisse entrevoir selon Luis Vélasquez dans la «Kénose» (voir encadré). En «se dépouillant de soi», il oscille entre deux conditions existentielles, Dieu incarné et Dieu-parole. «Dans ce texte, on observe un double mouvement de sortie et de retour de Dieu, qui s’incarne dans le Christ. Cette tension se retrouve aussi dans le prologue johannique.» Une vision à même de bousculer beaucoup d’a priori. Ce Dieu en mouvement est un appel personnel à accepter une réalité toujours changeante. Mais aussi, y compris en tant que société et qu’Église, à abandonner la recherche – illusoire de stabilité. «Le mouvement, qui caractérise nos sociétés, signifie que l’on est toujours confrontés à des phénomènes nouveaux. Ce changement, il faut donc l’embrasser. Et s’en servir pour provoquer en nous une véritable métanoïa, transformation en profondeur, questionnement de notre manière d’être et de penser. Jusqu’à devenir ‹serviteur› soit écouter et aider l’autre», résume le jeune théologien.

Sauf que… renoncer à l’idéal de stabilité, se questionner au point de transformer le plus profond de son être n’est absolument pas facile, et encore moins souhaité! «Il n’est jamais facile d’accueillir, d’être hospitalier face à l’inconnu radical. Quelles sont les limites de mon hospitalité, est-ce que je suis à l’aise avec des gens que je ne connais pas? Au nom de quoi peut-on m’obliger à ouvrir mon espace privé à quelqu’un dont j’ignore tout?», reconnaît Luis Vélasquez, qui a effectué plusieurs stages pratiques dans des aumôneries auprès de migrants, confrontés à des situations inextricables. «Le phénomène migratoire est très complexe. Si les Écritures montrent que la migration est le propre de l’Homme et de Dieu, l’accueil qui est toujours recommandé est loin d’être aussi évident.»

La Kénose

Ce terme exprime le fait que Dieu se dépouille de certains attributs de sa divinité. Cette théorie se base sur l’Epître aux Philippiens. «Il possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas voulu demeurer à l’égal de Dieu. Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. Il est devenu un être humain parmi les êtres humains, il a été reconnu comme un homme; il a accepté d’être humilié et il s’est montré obéissant jusqu’à la mort, la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a élevé à la plus haute place et lui a donné le nom supérieur à tout autre nom.»