Les communautés, facteur d’intégration

Églises de la migration sont un repère et une aide pour des personnes qui arrivent seules en Suisse. Un point d’ancrage qui peut être une première étape dans le long processus d’intégration.

Que cherchent les fidèles des Eglises issues de la migration?

GABRIEL AMISI De nombreuses personnes arrivent de leur pays seules et sans repères, parfois en situation irrégulière. En plus d’un besoin de spiritualité, elles cherchent une communauté de gens avec qui elles ont un dénominateur commun, qu’il s’agisse de la langue ou de la culture, pour nouer des liens de confiance et d’amitié.

Quel rôle joue Témoigner ensemble à Genève (TEAG)?

Notre rôle consiste à accueillir les différentes communautés (voir encadré), à les accompagner dans différents domaines de la vie d’une Eglise. Par exemple, nous les aidons à trouver des salles. Nous orientons les personnes vers une aide médicale, ou vers des associations pour un soutien administratif. Nous souhaitons aussi nous rassembler dans une reconnaissance mutuelle afin de témoigner ensemble de notre foi.

Se regrouper par communauté, n’est-ce pas un frein à l’intégration en Suisse?

Pas forcément. Certaines personnes arrivant en Suisse, sans autres repères que ceux de leurs pays d’origine, ont besoin d’intégrer dans un premier temps une communauté avec qui elles partagent certaines valeurs: langue, culture, religion, origine géographique, etc. Ce point d’ancrage social est en effet leur premier pas dans le long processus d’intégration. Certaines Eglises membres de TEAG sont parfois des facteurs d’intégration, tout en étant vigilantes à tout ce qui pourrait déraper vers le communautarisme.

Vous avez aussi fait partie d’une de ces communautés religieuses pour vous intégrer…

Je suis arrivé en Suisse en 2001, à l’âge de 24 ans, en tant que requérant d’asile, après avoir perdu toute ma famille à Kinshasa. Après trois rejets de ma demande d’asile par les autorités suisses, il m’avait été signifié par celles-ci de quitter la Suisse. J’ai été accompagné par l’église évangélique de Villard (de et à Lausanne) et par monsieur Luc Recordon qui a accepté de parrainer mon dossier. C’est grâce à cette prise en charge totale par cette église que je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. Ils l’ont fait sans rien attendre de moi, au nom de leur foi en Jésus-Christ notre Seigneur. Ce que j’ai vécu montre comment les chrétiens peuvent être solidaire pour défendre une vie. La foi s’incarne et le mot témoignage prend tout son sens. Au nom du Christ, l’être humain ne peut pas être jeté. Et cela devient facteur d’intégration. 

Qu’est-ce que Témoigner ensemble à Genève (TEAG) ?

À ce jour, TEAG regroupe environ 70 églises et communautés à Genève. Le mouvement est créé dans les années 2000 par Lukas Vischer, alors responsable du centre John Knox. TEAG a pour but principal de tisser des liens entre des Églises dites historiques (EPG, Église d’Écosse, Église anglicane, Église luthérienne…) et celles dites issues de migration, plus récentes, de toutes origines géographiques et de toutes les tendances du protestantisme, et quelques organismes non religieux (comme l’association Groupe Sida Genève). «Chaque Église a reçu un don de l’Esprit saint qui lui est propre. Mais nous devons former un seul corps, et témoigner ensemble. Nos différences sont une richesse. L’EPG en a pris conscience et répond à ce que le Christ nous demande: une Église ouverte à tous», explique Gabriel Amisi, qui consacre 20% de son ministère à TEAG. Mireille Reymond Dollfus, aujourd’hui pasteure auprès des migrants, pour l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, Nyon a vécu la création de TAEG et souligne l’importance de célébrations communes entre communautés locales et personnes issues de la migration. «Je ne parle pas d’une célébration réformée “classique” où chaque communauté est invitée à participer, mais bien de cérémonies construites ensemble. Chanter, prier, lire la bible entre différentes traditions et de manière à ce que chacun se sente intégré demande nécessite un important travail de dialogue et d’écoute. Il faut trouver des moyens d’expression totalement différents de nos cultes habituels, ce qui demande de faire table rase des routines et d’inventer quelque chose de nouveau. Le langage non verbal et la musique sont des ressources précieuses. Ces moments permettent véritablement la rencontre, sans jugement sur la théologie des uns ou des autres ou ce qu’il est juste de croire ou non.» 

En bonus 

Pour aller plus loin, retrouvez sur Reformes.ch/simon l’interview du révérend Benjamin Simon, responsable des relations avec les Églises au Conseil œcuménique des Églises