Un esprit libre s’en est allé

Les médias réformés de Suisse romande et l’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) ont perdu un fidèle et infatigable serviteur. Le pasteur Pierre-Henri Molinghen est décédé récemment à La Chaux-de-Fonds des suites d’un cancer. Il était âgé de 79 ans.

Homme d’une grande érudition, insatiable de découvertes, de nouveautés, généreux, adepte des plaisirs de la vie, bourré d’humour, Pierre-Henri Molinghen a vu le jour en janvier 1940, à Charleroi, en Belgique. Il est très jeune lorsque sa vocation pastorale se manifeste. Elle ne le quittera pas.

«Ma vocation est née alors que j’avais 11 ans. Elle n’a jamais été remise en cause, même si j’ai eu des difficultés scolaires. Cette vocation est liée à l’image d’un pasteur de la communauté de Charleroi. Une image à la fois de prédicateur et d’attitude très réceptive, attentive à l’auditoire», narrait-il quelques jours avant son décès. «Rigueur personnelle, intégrité et dignité se dégageaient de sa personne. Il était proche de ses paroissiens. C’était un homme très jovial qui savait se mettre au niveau de ses semblables. Ma vocation n’aurait assurément pas vu le jour si j’avais eu son successeur comme modèle», ajouta-t-il dans un sourire se transformant en un de ces éclats de rire tonitruant dont il était coutumier.

Après l’obtention, en 1960, de son Certificat d’humanités anciennes — équivalent belge du baccalauréat —, Pierre-Henri Molinghen met le cap sur Neuchâtel. Il y entame ses études de théologie. Durant cette période, il suit également des cours au Gymnase cantonal et obtient un baccalauréat d’hébreu. Il passe ensuite un an à la faculté de théologie d’Édimbourg, en Écosse, puis revient à celle de Neuchâtel, où il décroche sa licence en 1965.

Intérêt pour la communication et l’œcuménisme

Son service militaire en Belgique achevé, il effectue son stage pastoral dans la paroisse de Neuchâtel et est consacré par l’EREN en juillet 1967. Pierre-Henri Molinghen retourne alors en Belgique, à Mons, pour exercer son premier ministère. Son intérêt prononcé pour la communication et l’œcuménisme remonte à cette période.

«En Belgique, après le concile Vatican II, j’ai été vice-président de l’Association des journalistes d’information religieuse. Ça m’a permis de côtoyer les journalistes des grands quotidiens belges, dans une phase où il y avait une explosion d’articles sur le sujet», confiait-il avec modestie.

En 1974, il reçoit un appel téléphonique de la paroisse de La Chaux-de-Fonds qui souhaite s’attacher ses services. «C’était la manière de faire à l’époque. Je suis venu à l’entretien en ayant dans l’esprit une réponse négative. Lorsque le modérateur de l’époque, Michel de Montmollin — futur président du Conseil synodal —, m’a dressé le tableau de la paroisse — une paroisse ouverte et très présente sur son territoire —, j’ai compris qu’on ne me ferait pas deux fois une telle proposition. Ou je faisais le saut ou je ratais le coche.»

Pierre-Henri Molinghen restera quatorze ans dans la paroisse du Grand-Temple. Durant son ministère dans la métropole horlogère, il fait son entrée au Conseil synodal et s’y investit longuement. En 1988, il reprend le flambeau de la paroisse de la Maladière, à Neuchâtel, et y demeure aussi pendant quatorze années.

De la naissance de Médias-pro au sauvetage de la Bibliothèque des pasteurs

Arrivé à l’âge de la retraite, Pierre-Henri Molinghen garde une activité débordante. Regorgeant d’énergie, il assume bénévolement de nombreux mandats. Il préside le Conseil InfoCom de l’EREN; il représente «son» Église dans la Conférence romande des médias réformés, organisme devenu Médias-pro; il mène, toujours pour l’EREN, la fusion des deux «Vie protestante» de l’Arc jurassien.

Bien qu’atteint dans sa santé, Pierre-Henri Molinghen se lance corps et âme en 2014 dans le sauvetage de la Bibliothèque des pasteurs (BPa), menacée qu’elle est par la fermeture imminente de la faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel. Son inlassable engagement permet de concrétiser la donation à la Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel des quelque 100'000 ouvrages que recèle la BPa.

Émotion palpable et nombreux hommages

L’annonce de la disparition de Pierre-Henri Molinghen a touché, a ému de nombreuses personnalités, tant le rayonnement et l’ouverture d’esprit du défunt étaient appréciés, admirés.

Directeur de Médias-pro, département chargé de la gestion des médias au nom des Églises réformées de Suisse romande, Michel Kocher relève ainsi que «Pierre-Henri Molinghen a déployé pendant plus de 25 ans ses multiples compétences pour écouter et épauler les professionnels, favoriser le rapprochement avec le partenaire catholique romain. Dans ce que Médias-pro est devenu, il y a de l’ADN Molinghen. Même si cela ne se voit pas, nous n’oublierons pas l’importance de cet apport précieux et solide, dans l’exercice des missions qui nous sont confiées et qu’il a accompagnées avec ténacité et fidélité».

Christian Miaz, président du Conseil synodal de l’EREN, met en exergue «l’énorme connaissance que le défunt avait de son Église et de ses particularités. Pour Pierre-Henri, la «synodalité» était une dimension constitutive de l’identité des Églises réformées. Cette dimension touche à tous les aspects de la vie de l’Église. Pierre-Henri défendait notamment l’idée que les ministres sont avant tout des serviteurs de l’Église avant d’être des employés».

Pour Félix Moser, dernier doyen de la faculté de théologie de l’Université de Neuchâtel, Pierre-Henri Molinghen «a aiguisé sa curiosité dans de multiples domaines. Mais sa véritable passion intellectuelle fut la théologie. Elle l’a accompagné durant toute sa vie. Mais parmi ses innombrables intérêts théologiques, on peut discerner sa préoccupation centrale, à savoir celle du rôle de l’Église visible et de son témoignage dans la société actuelle. Il fut un ardent défenseur de l’Unité visible des chrétiens. Son intérêt théologique ne connaissait pas de frontières confessionnelles. Il lisait à la fois des ouvrages produits par les protestants, les orthodoxes et les catholiques».

Ancien président de Visage protestant, fondation éditrice de la «Vie protestante» Neuchâtel-Berne-Jura, Pierre-André Lautenschlager souligne que «devant les difficultés rencontrées par l’édition neuchâteloise de la VP au cours des premières années de ce siècle, Pierre-Henri Molinghen a été une des rares personnes à développer une stratégie claire pour l’avenir de cette publication et qu’il a joué un rôle déterminant dans la fusion des titres neuchâtelois et de Berne-Jura en 2007, ainsi qu’aux succès qui s’en sont suivis».