Les chrétiens occupent les rangs du Congrès américain

Majoritairement chrétienne, la composition du nouveau Congrès américain n’est pas représentative du peuple. Tour des confessions.

Sous la coupole américaine, le christianisme prend racine: sur les 535 élus au 117e Congrès des États-Unis (organe législatif), on compte 294 protestants, selon l’institut de recherche Pew Research Center. Avec 88% de chrétiens et 55% de protestants, la composition religieuse du nouveau Congrès américain, installé le 3 janvier dernier, ressemble trait pour trait au précédent. Des chiffres qui ne reflètent pas les appartenances religieuses des Américains.

Un Congrès hors sol

Alors qu'environ un quart (26%) de la population adulte n’est pas affiliée à une religion – se décrivant comme athée, agnostique ou n'ayant aucune religion particulière – le sénateur démocrate de l’Arizona Kyrsten Sinema a été le seul membre du Congrès à se déclarer comme tel. Le député démocrate californien Jared Huffman se décrit, lui, comme un humaniste. Mais tous deux ont affirmé ne pas se considérer pour autant comme athées. Dix-huit autres membres du Congrès ont refusé de préciser leur affiliation religieuse.

«Est-il décevant qu'il y ait une telle sous-représentation des voix non religieuses au Congrès? Oui. C’est profondément déprimant», a commenté Hemant Mehta, écrivain, blogueur et militant athée américain. Il se dit tout de même encouragé par le fait que 4 des 18 élus qui ont refusé de préciser une affiliation religieuse font partie du «Congressional Freethought Caucus», un groupe créé en avril 2018 pour encourager la science et la raison.

Selon le Pew Research Center, un nombre croissant de membres du Congrès ne s'identifient pas à une confession particulière, à l’image des méthodistes, des luthériens ou des presbytériens. C’est le cas de 96 membres du Congrès actuel qui se disent simplement chrétiens ou protestants. En revanche, en 2009, lors du 111e Congrès, c’était le cas pour seulement 39 membres.

La pluralité dans l’arène

L’étude a révélé que plusieurs groupes religieux étaient surreprésentés au sein du nouveau Congrès. Les juifs représentent 2% de la population américaine, mais 6% du nouveau Congrès (soit 33 membres). Même tendance chez les catholiques qui constituent 20% de la population américaine mais 30% du nouveau Congrès (soit 158 membres). De même, les presbytériens, les épiscopaliens et les méthodistes sont également surreprésentés. Les pentecôtistes sont, quant à eux, sous-représentés: 0,4% au Congrès contre 5% de l'ensemble des adultes américains.

Au sein des deux chambres, on trouve également neuf mormons, trois représentants musulmans, comme le précédent Congrès, deux bouddhistes, qui siégeaient déjà lors de la précédente législature, et deux hindous. La quasi-totalité des élus non chrétiens, à l'exception de trois d’entre eux – deux juifs et un membre qui a refusé de déclarer son appartenance religieuse – sont démocrates.

L’inclusivité de trop

Si la composition religieuse du Congrès n’a pas créé la controverse, la prière d’ouverture de la session parlementaire du 3 janvier a suscité l’incompréhension et la surprise. L’élu démocrate du Missouri et pasteur méthodiste Emanuel Cleaver II a prononcé un «Amen and a-women» inclusif.

Des mots qui ont déclenché la colère de certains conservateurs. «Amen signifie "Ainsi soit-il" en latin. Ce n'est pas un mot sexiste, mais cela ne les a pas empêchés d'être insensés», a tweeté le fils du président, Donald Trump Jr.

D'autres ont fait remarquer que ce genre de jeu de mots était courant dans de nombreuses traditions religieuses et qu’Emmanuel Cleaver II, qui a obtenu un master en divinité à l'école de théologie St. Paul de Kansas City, connaissait probablement la signification du mot «amen». «Amen», est un mot «utilisé pour exprimer une ratification solennelle», selon le dictionnaire de référence Merriam-Webster. Issu de l’hébreu, il n'a aucun lien étymologique avec le mot anglais «man».