Rita Famos élue à la tête de l’Église réformée de Suisse

Première femme à ce poste, la pasteure Rita Famos a été élue à la présidence du Conseil de l’Église évangélique réformée de Suisse lors du synode virtuel du 2 novembre.

La pasteure Rita Famos devient la première femme à occuper le poste de présidente du Conseil de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS). Les délégués au Synode (organe délibérant) l’ont élu par 47 voix électroniques sur 78 lors de sa session virtuelle du 2 novembre. Dans un duel féminin au sommet, la théologienne et pasteure de l’Église réformée vaudoise Isbelle Graesslé a récolté, quant à elle, 25 voix.

Ce qui a fait la différence? «Certainement mon expérience passée au sein de l’EERS et de son Conseil, qui m’a permis de travailler avec beaucoup de gens et d’acquérir leur confiance», analyse Rita Famos. Ancienne membre de l’exécutif, celle qui a grandi dans le canton de Berne a en effet cumulé les expériences ecclésiales, notamment au sein de l’Église réformée de Zurich où elle dirige depuis 2013 le service des aumôneries. Il y a deux ans, elle s’était portée candidate à la présidence, mais avait été battue par Gottfried Locher.

S’inspirer des Romands

En accédant à la présidence de l’EERS en janvier 2021, Rita Famos représentera tous les réformés de Suisse, romands compris. Accordera-t-elle un souci particulier à la minorité francophone qui attend depuis trente-cinq ans d’être à nouveau représentée à l’exécutif? «Leurs réalités sont différentes de celles des Églises alémaniques, mais elles ne sont pas si éloignées. Nous connaissons aussi la sécularisation et nous devons apprendre de cette expérience», constate la pasteure. Et d’ajouter: «Il y a des projets très intéressants qui se développent en Suisse romande, à l’image des ministères pionniers ou du Lab à Genève. Ce sont autant d’initiatives qui peuvent intéresser toute la Suisse.» Pour s’en imprégner pleinement, la nouvelle présidente compte d’ailleurs «voyager» en terres romandes pour entrer en contact, mais aussi écouter les idées, autant que les problèmes et défis des Églises membres.

Quant aux défis de l’EERS, Rita Famos en pointe deux. Face à la deuxième vague de coronavirus, l’enjeu reste la communion entre les Églises membres, qui permettra de traverser ensemble cette crise. «Il nous faut aussi travailler avec et pour la société, notamment à travers les aumôneries et envoyer des signaux forts, car l’Église n’est pas là que pour ses membres mais pour toute la société.»

Au-delà de l’actualité sanitaire, c’est bien la perte constante de membres qui constitue l’un des défis essentiels de l’EERS pour Rita Famos: «Une réalité à prendre au sérieux et qui ne doit pas nous faire perdre confiance ni l’espoir. Nous sommes au service du Christ, indépendamment du nombre de nos membres. Car une petite Église, même minoritaire et sous pression, peut changer une société.»

Traverser la crise

Impossible enfin de faire l’impasse sur la crise que traverse l’institution depuis la démission de l’ancien président de l’EERS Gottfried Locher en mai dernier, à la suite d’accusations de comportements abusifs au cadre de relations de travail. Alors que la crise polarise, Rita Famos ne minimise pas, mais rappelle que «ce qui s’est passé ne concerne pas toute l’Église. Face à l’engagement de nombreux membres de la base, il est essentiel de pouvoir mettre le focus ailleurs.»

Actuellement, le travail de la commission d’enquête nommée par le Synode porte notamment sur l’examen des mesures de protection qui existaient à l’époque des prétendus faits reprochés à Gottfried Locher. Une période durant laquelle Rita Famos était membre du Conseil. Aujourd’hui, l’enquête n’est pas terminée. «Il est important qu’une enquête ne cherche pas premièrement les fautifs, mais des solutions pour gérer tout cela au mieux, et analyser les conséquences», affirme la présidente fraîchement élue, qui avait également fait parler d’elle juste avant la démission de l’ancien président. En effet, Rita Famos fait partie des douze signataires d’une lettre ouverte adressée au printemps à l’exécutif de l’EERS demandant l’ouverture d’une enquête indépendante.  Une petite griffe qui aurait pesé lourd dans son élection? «Les délégués ont vu que je suis une femme qui tient à ses opinions et qui les exprime. Certains croient y voir un calcul tactique, mais ce n’est pas le cas.»