Les vaudois du Piémont en quête d'un nouveau souffle

En raison de la crise sanitaire, les vaudois du Piémont renoncent à leur Synode annuel. Il est remplacé par une semaine de conférences et tables rondes sur le thème de la régénération. L’enjeu est double: repenser la situation des Églises au sortir du confinement et revaloriser le patrimoine culturel des vallées vaudoises.

«Il est douloureux de penser que, jusqu’à aujourd’hui, le Synode n’a été annulé qu’une seule fois au cours de l’histoire: en 1944, lors de la Seconde Guerre Mondiale», regrette Gianni Genre, pasteur dans la paroisse de Pinerolo, en Italie. En effet, cette année, les conditions sanitaires ne permettent pas l’organisation du Synode annuel des Églises vaudoises du Piémont.

Traditionnellement, la petite ville de Torre Pellice reçoit l’assemblée constitutionnelle la dernière semaine du mois d’août. La rencontre comprend le culte de consécration des nouveaux pasteurs et de nombreuses festivités. «Pour les vaudois, cette semaine toute particulière est aussi l’occasion de se retrouver», explique Raymond de Rham, secrétaire du Comité romand pour l’Église et les Vallées vaudoises du Piémont. «Entre 400 et 500 personnes, membres de la famille ou sympathisants viennent pour resserrer leurs liens d’amitié.»

Faisant face aux circonstances, les Églises vaudoises ont cependant décidé de maintenir une présence spirituelle en lieu et date de leur assemblée. «Il n’y aura pas de Synode, mais les Églises vaudoises seront présentes avec leur histoire, avec leurs engagements variés du Nord au Sud, avec leur ferme volonté d'apporter une contribution à la régénération de ce pays», souligne Alessandra Trotta, actuelle modératrice de la Table vaudoise, dans une vidéo publiée le 4 août 2020.

 

Les enjeux de la rencontre

Du 24 au 30 août 2020, le Synode sera donc remplacé par une série de conférences et débats, regroupés sous le titre de «Générations et régénérations : avoir soin des personnes, mémoires et territoires». Dans la situation de pandémie actuelle, le thème de la régénération prend tout son sens. En effet, l’impact du coronavirus a sans nul doute été beaucoup plus fort en Italie que dans de nombreux autres pays d’Europe. Il s’agira pour l’Église vaudoise de réfléchir à la régénération face à la nouvelle situation sanitaire. Des discussions telles que «La justice sociale et environnementale pour la construction de la société post-Covid» ou «Notre ministère en temps de Covid-19» ou encore «Que le jour d’avant ne soit pas comme le jour d’après» sont prévues pour donner un nouvel élan aux communautés.

Pour le pasteur Gianni Genre, le principal enjeu des débats sera de comprendre les leçons apportées par cette période de crise. «Plus rien ne peut être considéré comme acquis», affirme-t-il. «Nous nous croyions tout-puissants alors que tout peut s’écrouler en un instant, avec l’arrivée d’un simple virus. Je souhaiterais vraiment que cette semaine à Torre Pellice soit vécue comme une “ripartenza“ (un re-départ) qui permette aux gens de retrouver confiance et aux Églises de redevenir des lieux d’accueil.»

Les conférences de Torre Pellice prévoient également de traiter du «soin des personnes, mémoires et territoires.» Le terme de «territoires» désigne ici les vallées vaudoises du Piémont, terres d’exil des communautés depuis leurs premières persécutions. Pour Sabina Baral, secrétaire et assistante de l’actuelle modératrice, la soif de régénération concerne avant tout le patrimoine culturel. «Les vaudois se sont toujours beaucoup occupés de leurs vallées, commente-t-elle. Aujourd’hui, ce souci s’est un peu essoufflé. Le territoire est touché par une grande crise économique et les Églises se vident. L’idée serait d’apporter une régénération spirituelle, économique et politique qui redonne un nouvel élan aux vallées.» Dans ce but, les conférences de la semaine seront animées par des représentants  des institutions locales, du club alpin italien, du Centre culturel vaudois ou encore de la Società di studi valdesi (Société d’études vaudoises, ndlr.).

 

Les vaudois du Piémont

Plus ancienne que l’Église protestante, l’Église vaudoise tire sa source des prédications de Pierre Valdo (ou Valdès), marchand de la ville de Lyon entre 1140 et 1217. Contemporain de François d’Assise, il découvre des fragments d’évangile en latin et les fait traduire dans la langue de tous les jours. Profondément touché, Pierre Valdo fait vœu de pauvreté et s’en va prêcher l’évangile accompagnés de quelques disciples, appelés « Les Pauvres de Lyon ». Leur but est d’imiter la vie des apôtres, dans un idéal de simplicité. Ils pratiquent la prédication itinérante sans avoir été ordonnés prêtres.

Désirant se faire reconnaître par les autorités ecclésiales, Pierre Valdo se rend auprès du pape en 1179. Cependant, sa vision du sacerdoce universel (notamment celui des femmes) n’est pas prise au sérieux. Les vaudois sont excommuniés par le Concile de Vérone en 1184, puis déclarés hérétiques en 1215 et persécutés pour leur foi. Ils se réfugient dans l’Allemagne orientale, dans les montagnes autrichiennes et les fameuses «vallées vaudoises», situées dans les Alpes occidentales, entre le Piémont et la France.

Au XVIe siècle, les vaudois entendent parler des propos de Luther et de Zwingli. Intrigués par cette théologie qui ressemble à la leur, ils envoient des délégués à Berne, Bâle et Strasbourg. En 1532, lors du Synode de Chanforan, les vaudois décident d’adhérer au mouvement de la Réforme, renonçant définitivement à toute attache au catholicisme et aux prédications itinérantes.

À partir de 1975, les vaudois ont fusionné avec les églises méthodistes. Aujourd’hui, ils sont présents dans de nombreux pays d’Europe et aussi en Amérique : Italie, Suisse, France, Belgique, Allemagne, Autriche, Angleterre, d’Écosse, des États-Unis, Argentine et Uruguay En Italie, les communautés vaudoises comptent entre 25'000 et 30'000 membres, dont 50% vivent dans les vallées piémontaises.