Quelle est l'ampleur des dérives sectaires en Suisse plus de quinze ans après le drame de l’Ordre du Temple Solaire (OTS), qui s'était soldé en octobre 1994 par la mort de 54 membres de la secte en Suisse romande et au Canada? Brigitte Knobel, directrice du Centre Intercantonal d’Information sur les Croyances (CIC, basé à Genève) et sociologue nous livre son expérience quotidienne et son analyse.
Propos recueillis par Camille Gonzales
Vous comptez parmi les observateurs privilégiés du paysage religieux en Suisse. Comment l’avez-vous vu évoluer depuis la création du CIC il y a 8 ans?
Brigitte Knobel: En ce qui concerne les minorités chrétiennes, le paysage évangélique est devenu plus international avec l’implantation d’Eglises de migrants sud américains, africains et asiatiques. On observe également que les Eglises évangéliques tendent de plus en plus vers le pentecôtisme. Du côté du new-age, il y un regain de groupes spirituels que l’on pourrait qualifier d’ethno-écolo, comme par exemple le néo-chamanisme. Le marché de la guérison spirituelle s’organise davantage : des nouvelles associations se créent dans le but d’obtenir une reconnaissance, par exemple auprès des assurances complémentaires. On remarque également une tendance, y compris dans les grands courants religieux, à proposer des stages ou des formations où l’on apprend à se recentrer sur soi-même, où l’on peut faire de nouvelles expériences spirituelles.