16 Février 2012 07:37 Tania Buri
SpiritualitéQui n'a pas rêvé un jour de larguer les amarres ? Empoigner son sac à dos et partir à l'autre bout du monde... Pour Florine, une infirmière vaudoise de 35 ans, la date du départ est agendée. Ce sera au printemps. Au bout du chemin : Jérusalem. Entre deux 5000 km, dix mois de voyage. Avec elle: un compagnon de route, un sac à dos de 12 kg, de bonnes chaussures, un bloc de papier et un crayon, de la musique sur son iPod... *
Florine a quitté son emploi et résilié son bail. Le dépouillement, tout larguer ? Est-ce une des motivations de cette jeune femme aux cheveux châtains ? « L'objectif n'est pas le dépouillement. C'est plutôt une conséquence de mes choix. Je ne vois pas l'utilité de mettre mes affaires dans un garde-meubles », dit-elle en riant et en secouant ses longs cheveux. « Je sais que je veux revenir en Suisse. C'est ici que j'ai mes racines et j'ai envie d'y faire ma vie. Mais je ne vais pas dire non à des opportunités si elles se présentent. Et je n'ai pas envie que des choses matérielles m'entravent. »
Elle ne fera pas le voyage seule. Petr, un Tchèque, qu'elle a rencontré au cours de ses pérégrinations, part avec elle. Florine n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà fait le chemin de Compostelle en 2008 en quatre mois. Ce premier voyage a pourtant failli ne jamais voir le jour. « J'attendais toujours que quelqu'un veuille bien partir avec moi. Et vu que cela ne se faisait pas, je me suis dite, c'est cette année ou jamais. »
De son côté, Petr, 32 ans, a parcouru le chemin de Compostelle en six mois depuis la Tchéquie. Puis il n'est pas rentré et a continué par le Portugal avant de revenir sur l'Espagne et de continuer sur l'Italie.
Après quelques tribulations, Florine revient s'installer en Suisse en 2010. « J'étais en couple. J'ai repris mon travail d'infirmière, un appartement, une voiture. Puis en juin dernier, un événement est survenu à un proche, qui a complètement bouleversé ma vie. Dès ce moment-là, tout a été remis en question. « J'en suis sortie détruite », lâche-t-elle sans en dire plus par égard pour ce proche.
Après cet événement, Florine a cherché une issue. « Je me demandais comment se remet-on de cela ? Dans quelle direction faut-il aller ? Je ne savais plus à quoi me rattacher. Qu'est-ce qui pouvait être stable ? » Puis une idée lui a traversé l'esprit: « Et si je marchais jusqu'à Jérusalem. Cela m'a fait plaisir, car je me suis dite que je pouvais encore avoir des idées farfelues. » Puis tout s'est décidé très vite.
Marcher, c'est retrouver la fatigue physique, la simplicité, avoir faim, mal aux pieds. Retrouver un rythme aussi... Dormir quand on est fatigué, se lever quand il fait jour. « C'est comme un réaccordement interne », explique-t-elle.
Un réaccordement avec la nature aussi. Avec les couleurs. « Je me souviens que sur le chemin de Compostelle, je suis partie au printemps. Et pendant plus d'un mois, du matin au soir, j'ai baigné dans le vert... »
Quand on dit Compostelle ou Jérusalem, on ne peut pas manquer la dimension religieuse ou spirituelle de la démarche. Ce genre de préoccupations habitent cette jeune femme réformée depuis l'adolescence. Est-elle allée grapiller des réponses dans d'autres courants religieux ? « J'ai beaucoup lu sur le bouddhisme, le soufisme et d'autres philosophies. Mais je ne vais pas me convertir à une autre religion. Je trouve tout ce dont j'ai besoin dans la foi chrétienne. C'est vrai que j'ai fait un choix à un certain moment, nuance-t-elle. Et j'ai choisi de respecter mes racines. Je reste curieuse et ouverte aux autres courants, mais je ne veux pas m'assimiler à une autre culture. »
La prière fait partie de la vie quotidienne de cette jeune femme. « Cela s'est renforcé avec les épreuves et cela m'a été d'un grand soutien. »
Pour se préparer à ce pélerinage, Florine a fait appel à un pasteur lausannois. « Avec lui, je ne parle pas d'histoire ou de théologie, mais du sens de ce voyage. Il me fait travailler sur ce que partir signifie pour moi. »
Tania Buri
*(Légende photo: cap Finisterre, "fin de la terre, fin del mundo" en espagnol
là se trouve la borne du "kilomètre zéro". La tradition veut que, après avoir marché depuis chez lui, le pèlerin brûle les habits qu'il portait pour marcher en signe de purification, de nouvelle vie. "J'y ai donc brûlé mes vêtements", explique Florine. "Souvent, j'ai entendu, et je le crois, que la fin du pèlerinage est non pas un aboutissement, mais un commencement...").
LIENS :
Le blog de Florine : www.signesdevie.ch (qui sera activé en mars)
La page Facebook de Petr : www.facebook/uPoutnika
Leurs adresses mail :
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