25 Août 2011 08:20 Tania Buri
SpiritualitéLe chemin de procession reliant l’église paroissiale de Vissoie (VS) à la chapelle de Notre-Dame de la Compassion était tombé en désuétude. Il vient d’être réhabilité en «chemin d’images» à vocation culturelle, mais qui ne renie pas pour autant son passé.
Par Anne-Sylvie Mariéthoz
« C’est un peu notre montagne sacrée à nous », dit Bernard Crettaz en parlant de la colline qui domine Vissoie, son village d’origine. Une chapelle trône au sommet, visible de tous les côtés du val d’Anniviers, qui ne manque pas d’oratoires (ndlr : lieu destiné à la prière, petite chapelle). On en compte une trentaine, baroques pour la plupart, suivant l’esprit de la Contre-réforme.
Difficile d’ignorer l’empreinte de la religion dans cette vallée, même si, quelques siècles après la construction de ces édifices, peu de monde se souvient des pratiques de dévotion qui rythmaient la vie de la communauté. « Elles nous renvoient à une religiosité plutôt austère dont on est peu enclins à se rappeler aujourd’hui, note le sociologue anniviard. On préfère dissimuler cette réalité 'derrière un voile pudique', et faire revivre un folklore plus rassurant. »
Mais si les photographies de Monique Jacot lui semblent dignes d’inaugurer ce nouveau « chemin d’images » de Vissoie, c’est précisément parce qu’elles sont à mille lieues des dépliants touristiques. Elles évoquent un autre Anniviers, que la « civilisation des chalets » et des géraniums n’a pas colonisé. Un Anniviers que l’on ne découvre qu’en marchant. Pendant dix ans de pérégrinations, la photographe a en effet réalisé un travail très personnel. Elle a parcouru la vallée pour immortaliser le passage des saisons et les bouleversements de la nature, ramenant des images fortes, reflétant sa démarche contemplative.
Le cheminement solitaire de la photographe rappelle l’ascèse, tout comme l’aspect dépouillé des images aux cadrages insolites, confinant parfois à l’abstraction. Mais c’est une ascèse qui ne se rattache à aucune croyance en particulier, souligne la photographe. C’est une façon de se rendre disponible aux découvertes, aux émotions que la nature nous offre. « Monique Jacot nous montre combien ces paysages la touchent », souligne Sophia Cantinotti, commissaire de l’exposition, et combien ils sont riches d’inspiration pour peu qu’on prenne la peine de s’y attarder.
L’humain est peu présent dans ces photographies et le plus souvent de manière indirecte, par les traces qu’il laisse – un cairn (ndlr : pyramide de pierres élevée par les randonneurs, comme point de repère ou marque de leur passage) , une meule, un ex-voto (ndlr : objet symbolique portant une formule de remerciement pour un voeu exaucé) – découvertes au hasard des balades. La nature et ses métamorphoses tiennent la première place.
Parmi les nombreux photographes qui se sont intéressés aux paysages valaisans, Monique Jacot se démarque aussi par la constance et la durée de sa démarche, note la commissaire. Son intérêt pour l’exploration des matériaux - bois, glace, pierriers sculptés par les saisons - s’inscrit dans une recherche artistique qu’elle mène depuis plusieurs années (cf. encadré). Saisis par elle, ces fragments de paysage se chargent de mystère et dégagent le même genre de poésie que les natures mortes. Comme elles, ils nous invitent à méditer sur le passage du temps et le sens de l’existence.
La montagne a toujours inspiré la quête du sacré, note Bernard Crettaz et en ce sens, les photographies de Monique Jacot dépassent le cadre local pour toucher à l’universel. Or, même coupée de ses racines religieuses, cette aspiration n’a pas disparu, affirme le sociologue. Cette quête connaît même un certain renouveau, qui se manifeste notamment dans le succès croissant des pèlerinages.
C’est pourquoi il y a du sens à réhabiliter ce chemin, où d’autres expositions vont ses succéder. En référence à sa première vocation religieuse, l’ancien itinéraire de procession de Vissoie a été transformé en « chemin d’images », jalonné de quatorze stations. Une manière de reconnaître la tradition du lieu, tout en l’ouvrant à des inspirations plus larges. La prochaine exposition est déjà en préparation et sera dédiée aux montagnes sacrées du monde entier.
Des vitraux de Hans Erni à Martigny : un reportage de ProtestInfo pour Faut pas Croire.
Rappel: l'article de ProtestInfo.

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