28 Mars 2011 09:38 Samuel Ramuz
SociétéMi-décembre, la paroisse réformée de Lutry a demandé à ses fidèles de ne plus faire l’aumône devant le temple. En cause: un sentiment d’envahissement et la peur d’alimenter des réseaux de mendicité. Les paroissiens sont partagés. Reportage.
Par Fabien Hünenberger
Dix heures sonnent au clocher du temple de Lutry. Assis sur une petit banc à une dizaine de mètres de l’église, Johan et Jordan attendent le début du culte dominical. La conversation à peine engagée, il devient évident qu’ils ne sont pas venus chanter des cantiques: « S’il vous plaît, donnez-moi 10 fr. pour manger aujourd’hui ! »
A Lutry, les cloches se mettent à sonner. Johan interpelle un monsieur âgé au fort accent vaudois. Coup de chance: une thune finit au fond de son gobelet. Le paroissien sait-il qu’il a transgressé la consigne donnée par la paroisse ? « Oui, je sais. Mais ça ne regarde que moi et lui. »
Le flot de paroissiens s’intensifie et les deux mendiants se plantent à côté de la porte du temple. Mais la pasteure intervient immédiatement et les chasse. A la sortie du culte, Johan et Jordan ont disparu. « Ils sont partis, les deux gaillards ? » demande un paroissien. « Je n’apprécie pas leur présence ici. On pense qu’ils n’ont pas à mendier devant le temple. Un panier pour manger et boire, ça ne leur suffit pas ? »
Une dame prend le contre-pied: « Je leur donne à manger et de l’argent. Avec du temps, dans 10 ou 20 ans, on trouvera une solution humaine. Je peux comprendre la paroisse, mais je pense qu’on a besoin d’argent pour vivre dignement. »
Un monsieur est plus catégorique : « J’ai été en Amérique du Sud, on m’avait dit de jamais donner d’argent. En Suisse, je ne vois pas de raison qu’il y ait des mendiants. »
Une femme, qui applique la consigne paroissiale, dit son malaise: « Je suis tiraillée. Certains disent qu’ils viennent de Lyon et que c’est une mafia. D’autres que ce sont des familles qui sont à Lausanne et qui font vivre leur famille en Roumanie. Auquel cas, donner de la nourriture ne suffit pas. On nous dit de donner à des œuvres comme l'EPER, mais je souhaiterais qu’on s’organise pour soutenir éventuellement une des familles ici. »
Des vitraux de Hans Erni à Martigny : un reportage de ProtestInfo pour Faut pas Croire.
Rappel: l'article de ProtestInfo.

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