11 Mars 2011 07:49 Samuel Ramuz
HistoireSur les 1684 réfugiés débarqués sur les hauts de Montreux en 1944, quatre retrouvaient, émus, le Palace de Caux ce mardi 8 mars. Tous étaient montés dans le train Kasztner, du nom de ce jeune et brillant avocat transylvanien, assassiné en 1957 en Israël. Récit.
Par Samuel Ramuz
L'un d'eux se rappelle, alors qu'il savait à peine marcher, être descendu à pied jusqu'à Glion, quelques kilomètres en aval. « Avant que je sois raccompagné au palace (ndlr: à l'époque l'Hôtel Esplanade) », sourit l'homme, aujourd'hui installé à Berne. Un autre, devenu prof d'uni en Angleterre, tient entre ses mains un livre qu'il a dédié à la figure de Rudolf Rezsò Israel Kasztner, sorti en 2008 (lire ci-dessous): une version allemande vient de paraître.
Toujours est-il que, le 22 août, un premier contingent de 328 personnes arrive à la frontière de St-Margrethen (SG). Les autorités suisses ne sont au courant de rien. Heinrich Rothmund, en charge de la politique fédérale des réfugiés, demande qu'une protestation officielle soit adressée aux Allemands. Le Conseil fédéral refuse. Kasztner et ses négociateurs font pression: ils ne peuvent fournir aux nazis les 10 000 camions et le matériel agricole qu'ils réclament si le reste du convoi reste bloqué en Allemagne.
Quelques mois plus tard, le 7 décembre, le reste des troupes (1356) passe la frontière, traverse le pays et s'installe à Caux. Cornelio Sommaruga, ancien président du CICR et d'Initiatives et Changement, sur place mardi, note que, « du lac de Constance au Léman, certains passagers se sont étonnés que les militaires qui parlaient allemand le fassent sans crier et soient courtois et polis ».
Kasztner arrive sur les hauts de Montreux quelques jours plus tard. A l'Hôtel Esplanade, bondé, il retrouve sa femme et son beau-père. Ils feront partie des quelque 295 000 individus (prisonniers de guerre, internés,...) accueillis en Suisse pendant la guerre.
Mais pourquoi Caux, au juste? « A la fin de la Guerre, le parc hôtelier suisse est exsangue et plusieurs établissements sont vides », note Evelyne Lüthi-Graf, archiviste de la ville de Montreux qui, à l'époque, ne compte « plus » qu'une cinquantaine d'hôtels alors qu'on en recensait plus de 100 au début du siècle.
Sur ordre de la Confédération, l'armée réquisitionne donc ces coquilles vides. L'Hôtel Belmont, aujourd'hui transformé en résidence privée, en fait partie. Mardi, la fille d'une réfugiée, aujourd'hui toutes deux installées en Uruguay, se souvenait nettement d'une photo de sa mère devant l'établissement.
Quant aux participants de la journée, ils venaient de se recueillir devant la plaque posée au pied du chêne planté en 1997 sur l'esplanade de Caux, face au Léman. On peut y lire: « En mémoire des réfugiés juifs hébergés ici pendant la deixième Guerre mondiale, et en mémoire de ceux qui ont été refoulés à la frontière suisse. Nous ne les oublierons pas. »
Des vitraux de Hans Erni à Martigny : un reportage de ProtestInfo pour Faut pas Croire.
Rappel: l'article de ProtestInfo.

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