22 Septembre 2010 09:13 Tania Buri
SpiritualitéVendredi soir, à la terrasse d’un café, à la sortie d’un cinéma à Paris. Un groupe discute de la décision des moines de Tibhirine de rester en Algérie, au péril de leur vie. Le film Des Dieux et des hommes ne les a pas laissés indifférents. Parmi eux, Rosette Poletti, infirmière et psychothérapeute de renom en Suisse. Elle est de passage à Paris pour le conseil d’administration de la Fédération européenne des associations « Vivre son deuil » et en a profité pour voir un film qui lui rappelle son bref passage en Algérie dans les années 1960.
Tout de même, elle reste perplexe. « Pour l’avancement du règne de Dieu, on est plus utile vivant que mort… » Elle pense à un établissement de religieuses catholiques en Inde, où elle a animé des formations, qui s’était déplacé dans un autre endroit sous les menaces d’extrémistes hindouistes, pour poursuivre leur œuvre.
Rosette Poletti aurait bien aimé devenir pasteur. Mais, en 1963, « les femmes ne pouvaient pas l’être. »
Mais qu’est-ce qui a donc poussé la jeune Helvète, aujourd’hui retraitée, à voyager de l’Algérie à l’Inde ? La petite Rosette a grandi en Suisse, dans un milieu protestant plutôt évangélique. Elle se souvient de la séparation nette, du temps de son enfance, entre l’Église nationale subventionnée et l’Église libre plus confessante.
Devenue adulte, elle opte pour une foi plus libérale, qu’elle estime « plus large et plus ouverte ». Après une formation d’infirmière, elle fait trois années d’études de théologie à Genève. Elle aurait bien aimé devenir pasteur. Mais, en 1963, « les femmes ne pouvaient pas l’être ».
Elle fait l’équivalent de son stage de diacre à la Mission populaire évangélique à Marseille, puis dans l’Aveyron. « Il y avait une sorte d’ouverture car nous n’étions pas là pour les protestants. On disait qu’on faisait culte, mais ce n’en était pas un. C’était plus une interpellation pour les dockers, pour que l’Évangile ait du sens pour eux. » Rosette Poletti intervient dans un « immense bidonville » près de Marseille, peuplé de rapatriés d’Algérie.
Elle se souvient d’un islam paisible, d’une cohabitation tranquille. « On ne cherchait pas à évangéliser qui que ce soit. Cela me plaisait beaucoup. Le témoignage est un vécu au milieu des autres, que l’on tente d’aimer. Nous ne voulions déraciner personne de ses croyances. »
Malheureusement, la jeune Rosette attrape la typhoïde dans le bidonville marseillais et doit rentrer en Suisse. Pas pour longtemps. La voilà partie pour les États-Unis afin de se former en soins infirmiers psychiatriques. Pour financer ses études, elle travaille dans des quartiers défavorisés : une banlieue hispanique de San Francisco, mais aussi Harlem à New York.
« J’étais bien avec tous ces gens très différents de ce que je connaissais », raconte-t-elle. De retour en Suisse, elle continue à enseigner dans des écoles d’infirmières. Elle obtient également le statut officiel de « psychothérapeute », une activité qui l’occupe désormais à temps plein, depuis qu’elle a pris sa retraite il y a douze ans.
Aujourd’hui, Rosette Poletti dirige un centre de formation permanente privé orienté vers le « psychospirituel ». Elle intervient aussi dans un centre jésuite à Fribourg, où elle a fait construire un « labyrinthe de méditation chrétienne ». Pour elle, le développement personnel se réalise pleinement en trois étapes, allant de la psychologie au spirituel : il faut tout d’abord apprendre qui l’on est, puis oser être qui nous sommes, pour ensuite en connaître le pourquoi.
« Je fais quoi avec ce que je suis ? », revient comme un leitmotiv. Or, la réponse dépend beaucoup de nos convictions profondes. « Suis-je la créature de quelqu’un qui m’appelle ? Suis-je là par hasard pour jouir de la vie ? Suis-je un humaniste qui souhaite rendre son environnement heureux ? » Autant de questions que Rosette Poletti encourage chacun à se poser.
Rosette Poletti milite pour que l’on redécouvre chez soi tout ce que l’on trouve exotique dans d’autres traditions. C’est pourquoi elle s’est formée à la méditation chrétienne, notamment celle d’Anthony de Mello, un jésuite indien, qui pratiquait à merveille l’inculturation.Rosette Poletti plaide pour une redécouverte du silence dans le protestantisme.
Des vitraux de Hans Erni à Martigny : un reportage de ProtestInfo pour Faut pas Croire.
Rappel: l'article de ProtestInfo.

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