01 Septembre 2010 16:30 Tania Buri
ReligionPasteur à la Cathédrale Saint Pierre de Genève, ce théologien libéral croit aux vertus de l’interreligieux. Il sera prédicateur cette année à l’Assemblée du Désert.
Portrait par Tania Buri
Le libéralisme du pasteur de la cathédrale Saint Pierre a été un moment tempéré par un attrait pour les voies mystiques, qui préconisent l’expérience directe de la Présence divine. « Cela m'avait beaucoup enthousiasmé, mais je suis revenu en arrière. Peut-être parce que l'on vit une époque où chez les chrétiens, mais aussi dans les autres familles religieuses, on constate ce que Péguy appelait la dégénérescence de la mystique en politique. Et cela me fait très peur, car je pense que c'est la racine de tous les maux. »
Vincent Schmid accorde une valeur cardinale au doute. Selon lui, le doute est le meilleur allié de la foi au lieu d’en être l’adversaire. Il empêche les pétrifications dogmatiques. Ainsi le Genevois n'aime-t-il pas les confessions gravées dans le marbre « parce que la foi peut changer avec le temps, parce qu’elle est vivante. On croit aujourd’hui quelque chose à quoi on ne croira plus demain. Pourquoi s’interdire la possibilité du changement ? » demande-t-il. Et de poursuivre, peu calviniste : « Calvin aurait voulu que les habitants de Genève adhèrent à sa confession de foi, à la virgule près. »
Vincent Schmid tient à son indépendance d'esprit, une marque de fabrique protestante. Quand le monde protestant célébrait en 2009 les 500 ans de la naissance de Jean Calvin, lui sortait un livre sur Michel Servet, l'hérétique envoyé au bûcher pour divergences théologiques. Pour Vincent Schmid, le protestantisme, c'est au départ un certain nombre de principes de base, autant que des affirmations de foi.
La foi personnelle, l’interprétation des Ecritures, le libre examen, tout cela implique le pluralisme. Etre protestant c’est faire l’expérience de différentes manières de croire, de voir et des débats que cela suscite. « Mon libéralisme à moi, il est là. » Une posture encore renforcée dans un moment où le repli identitaire a le vent en poupe.
Invité à l'Assemblée du Désert dans les Cévennes, Vincent Schmid axera sa prédication le 5 septembre sur le thème du culte, une pratique qui concerne tous les chrétiens. « Pourquoi ne pas en profiter pour réfléchir à ce que nous sommes en train de faire ensemble, à ce moment-là ? »
Les protestants du Désert se sont battus jusqu'à la mort pour la liberté du culte et Antoine Court, dont l'Assemblée du Désert célèbre les 250 ans de la mort à Lausanne, en fut le restaurateur et le réorganisateur. Le culte avait pris des formes très disparates voire carrément illuminées en raison des circonstances. Il reste que l’Église clandestine a perduré après la Révocation de l’Edit de Nantes à travers le culte.
Aujourd’hui, Vincent Schmid donne des prédications à la Cathédrale Saint Pierre et ce depuis 1998. « Ce lieu est un symbole mondial. Je l'ai constaté l'année dernière pendant le jubilé quand des délégations ont débarqué du monde entier. Quand vous allez en Corée, ou dans certaines Eglises protestantes en Inde, Saint-Pierre de Genève est connu , à cause de Calvin bien entendu. »
C'est aussi le principal lieu de culte à Genève. « Ce qui est dit à la Cathédrale peut avoir un fort impact, comme lors de ma prédication le dimanche qui a suivi le vote anti-minarets. Les chaînes de télévision et les radios s'en sont fait l'écho. Maintenant je parle des Roms. »
D'autres rassemblements à Saint Pierre ont marqué les esprits. Après le crash d'un avion de Swissair au large d'Halifax en 1998, les protestants ont organisé pour la première fois un office interreligieux avec les juifs, les musulmans et les bouddhistes. La célébration a été retransmise sur CNN et a servi de modèle à beaucoup d’autres dans le monde par la suite. Deux ans plus tard, la venue du Dalaï Lama a rassemblé près de 2000 personnes dans la cathédrale et près de 8000 dans la vieille ville.
Après douze ans, le pasteur envisage de diversifier son ministère et de s'investir dans l'interreligieux. Une partie de son adolescence passée au Maroc n'y est pas étrangère.
Au Maroc, Vincent Schmid était un fils de pasteur, une denrée plutôt rare. « Au lycée, la plupart de mes copains étaient musulmans ou juifs. On faisait shabbat dans les familles juives, on participait aux fêtes liées au ramadan. Et eux venaient à la fête Noël, juste par amitié. C'est un modèle. Il ne faut pas supprimer les identités, mais il s'agit de faire attention à ce qu'elles ne dérapent pas. »
L'enjeu de l'interreligieux lui semble central. « Aujourd’hui je pense qu'il faut se tenir sur les frontières, parce que ces frontières sont devenues terriblement dangereuses. Car quoi qu'on en dise, nous sommes en plein choc des cultures. »
« Nier les identités a été la grande erreur de l'oecuménisme. Il ne s'agit pas de les gommer, mais de trouver un moyen de les faire coexister. C'est une des leçons à tirer du vote anti-minarets en Suisse. »
« Sur Dieu nous n'arriverons pas à nous mettre d'accord. Mais sur l'homme, ne pourrait-on pas aboutir à une définition commune, débouchant sur un humanisme judéo-christiano-musulman avec une pointe de bouddhisme? Tel est l’un des enjeux de l’interreligieux aujourd’hui », selon le Genevois d'adoption.

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