09 Juillet 2010 11:45 Tania Buri
Les Indiens d’Amérique de confession protestante ont été invités à rejoindre la Communion mondiale des Eglises réformées à Grand Rapids. Sur fond de battements de tambours et de dénonciations des méthodes d’évangélisation, rencontre avec Richard Twiss, leader Sioux.
Par Aline Bachofner
Il a fière allure Richard Twiss, dans son habit de peau orné de motifs tribaux, réhaussé de colliers de perles et d’os. Coiffé de plumes d’aigles, on le croirait sorti tout droit d’un film de cowboys et d’indiens. Mais c’est justement là l’image d’Epinal que cet Ancien de la tribu Sioux Lakota veut démonter.
« Ne dites pas ‘costume’ en parlant de nos vêtements comme si nous étions déguisés », demande Richard Twiss aux 800 participants de la conférence d’unification de la Communion mondiale des Eglises réformées (CMER), réunis dans un petit parc en plein centre de Grand Rapids.
Agglutinés sur un monticule face à la rivière, Indonésiens et Ecossais, Argentins et Australiens, Suisses et Nigérians sont invités à se joindre au traditionnel « pow wow » organisé régulièrement par les « Natifs » (Native Americans) de la région. Des chants, des danses, et un culte réformé ressemblant à aucun autre.
Car si ces Amérindiens sont associés à la Conférence d’unification, c’est qu’ils ont embrassé la foi chrétienne. Dans le fief conservateur de Grand Rapids, où les Eglises continuent de déverser leurs cars d’évangélisateurs chaque été dans les réserves indiennes, les organisateurs de la Conférence ont voulu tendre la main à leurs « frères en Christ ».
Souvent méprisés pour la façon dont ils vivent leur foi, peu conforme au rite réformé, les Amérindiens chrétiens sont invités à rejoindre une Communion d’Eglises où on leur assure qu’une place sera faite à leur particularité.
Cette ouverture, Richard Twiss aimerait y croire. Membre du conseil des Anciens de sa tribu dans la réserve de Rosebud du Dakota du Sud, il est également président de l’association Wiconi international, qui milite pour les droits politiques et sociaux et la sauvegarde du patrimoine culturel et spirituel des Indiens d’Amérique. Son expérience des Eglises américaines le pousse cependant à la prudence.
Le christianisme a été utilisé comme un instrument de colonisation contre mon peuple et aujourd’hui encore, des évangélisateurs continuent de prêcher que les Indiens doivent se couper les cheveux et délaisser leurs tambours pour devenir de vrais chrétiens.
« Le christianisme a été utilisé comme un instrument de colonisation contre mon peuple et aujourd’hui encore, des évangélisateurs continuent de prêcher que les Indiens doivent se couper les cheveux et délaisser leurs tambours pour devenir de vrais chrétiens. »
Si c’est ça être chrétien, alors Richard Twiss ne veut pas en être un. « Je suis un disciple de Jésus, tout simplement. La chrétienté nous a détruits, mais Jésus, lui, est l’eau vive. Etre un disciple de Jésus fait de moi un bon père lakota, un bon époux lakota, un bon chef lakota. Il ne me demande pas de renier mon indianité », affirme le Sioux.
Il a pourtant fallu des années à Richard Twiss pour concilier identité autochtone et foi chrétienne. « Longtemps j’ai cru que les deux s’excluaient, que je devais devenir Blanc pour être chrétien. Mais notre foi ancestrale en un Dieu créateur, que nous appelons « Grand Mystère », ou « Celui qui précède tout », n’est pas très éloignée du Dieu des chrétiens. Aujourd’hui, je peux lire la Bible avec mes yeux et non avec ceux de Calvin ou Luther.»
Lire la Bible avec ses yeux, c’est rompre avec une tradition théologique et philosophique faite par les Blancs, pour les Blancs. C’est aussi se distancer d’une société marquée par les Lumières qui ont « séparé la Création et l’Esprit ». Richard Twiss, lui, veut être tout entier ancré dans sa terre, qu’il frappe de ses pieds pour faire monter ses prières.
L’homme dit ne pas attendre d’excuses de la part des Eglises ni de condamnation des théologies qui ont justifié la destruction de son peuple. Seulement le respect d’une théologie et d’une liturgie différentes, adaptées au contexte culturel indigène.
«L’Amérique est fondée sur une combinaison de colonialisme, d’impérialisme et de christianisme. La religion chrétienne est constitutive de son existence, les textes fondateurs se réfèrent à la Bible... Reconsidérer cette théologie, c’est questionner les fondements mêmes de ce pays. Les Américains n’y sont pas prêts», estime Richard Twiss.
Sur la colline du parc de Grand Rapids, le culte mené par Mary Fontaine, pasteure indigène de l’Eglise presbytérienne du Canada, s’achève par une prière en langue Cree. Les petits tambours de cérémonie sont remplacés par de gros tambours posés sur le sol et frappés par quatre ou cinq hommes. Le pow wow peut commencer.
Décrivant un large cercle, une quinzaine d’Indiens et une centaine des moins empotés parmi les délégués de la CMER se balancent d’une jambe à l’autre. Prier à la mode indienne n’est pas bien compliqué, il suffit de dépasser ses préjugés et de se laisser guider. Par l’esprit, le tambour ou les chants.

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