03 Mai 2010 00:00 Tania Buri
SociétéDans les villes, la pression démographique tend à assimiler ces lieux à des parcs d’agréments. Les écologistes y voient l’un des derniers paradis pour la biodiversité en zone urbaine tandis que les pratiques funéraires se transforment. Autant de raisons de supposer que le modèle du cimetière traditionnel est sur le point de rendre son dernier souffle.
Par Sylvain Stauffer
Les bons vieux cercueils mis en bière dans des tombes individuelles laissent de plus en plus nos contemporains de marbre. La tendance est à la crémation. « Environ 85 % des défunts sont incinérés », explique Pierre de Mestral, directeur de Cassar Pompes Funèbres SA à Lausanne. « La plupart des gens entre soixante et huitante ans veulent se faire incinérer car ils pensent que leurs enfants n’iront pas au cimetière », poursuit-il.
Près de 40 % des cendres rejoignent ainsi les jardins du souvenir, en plein boom. Selon M. de Mestral, ceux-ci doivent leur succès à deux facteurs : « Tout d’abord, une tombe coûte cher. Aujourd’hui, les gens ne dépensent plus pour les enterrements. Et ce n’est pas seulement une question d'argent, mais de mentalité, de désir. D’autre part, il faut entretenir la tombe. »
Quelque 30% des cendres sont ainsi rendues aux familles. Elles les conservent ou les dispersent dans la nature. C’est bien un refus du cimetière traditionnel qui est ici à l’œuvre. En Suisse allemande, de nombreuses communes proposent des forêts du souvenir, où l’on peut enterrer une urne au pied d’un arbre. Des sociétés commerciales ont aussi profité de ces mutations. Certaines proposent, par exemple, la dispersion des cendres dans un lac, ou, plus insolite, dans les montagnes depuis un hélicoptère.
Même les catholiques, qui ne tolèrent pourtant l’incinération que depuis 1967, semblent aujourd’hui l’adopter. Selon Pierre de Mestral, « dans les communes catholiques il y a de plus en plus de crémations. A Villars-le-Terroir (VD), les six derniers défunts ont été incinérés. On n’avait jamais vu ça ! »
La désertion des cimetières profite aux vivants. Les immenses espaces conservés pour les futurs résidents semblent aujourd’hui superflus. La municipalité d’Yverdon-les-Bains a, par exemple, décidé de transformer une partie du cimetière en friche afin de la rattacher au parc public du Castrum.
Pour SANU, entreprise de formation pour le développement durable, la question de l’utilisation des cimetières par le commun des mortels est donc à l’ordre du jour. Selon Alfred Wittwer, chef de projet à SANU, « la densification de la population dans les villes crée une pression sur les surfaces vertes. » Les cimetières sont, dès lors, perçus « comme des parcs, des havres de paix. Les gens s’y promènent, y font leur jogging et y pique-niquent. »
Et les Suisses alémaniques semblent moins complexés que les Romands. Des villes comme Zurich ou Bâle y ont organisé des pièces de théâtre, des expositions ou des concerts. De ce côté-ci de la Sarine, si de pareilles pratiques semblent encore excentriques, les mœurs évoluent aussi: outre les traditionnelles visites montrant des tombes de personnages célèbres, le cimetière du Bois-de-Vaux, à Lausanne, devient un lieu de rendez-vous pour les écologistes, au point qu’un séminaire sur la gestion verte y sera bientôt organisé par SANU, en collaboration avec la municipalité de la capitale vaudoise.

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