28 Avril 2010 16:53 Tania Buri
SociétéLes étrangers et les jeunes commettent proportionnellement davantage de délits que les autres citoyens. C'est ce que montre la nouvelle statistique policière sur la criminalité. Publiée en mars dernier, elle présente pour la première fois un panorama global des infractions commises en Suisse. Comment interpréter ces chiffres ? A qui profite le débat sécuritaire ? Sur ces questions, le regard pragmatique d'Olivier Guéniat, criminologue et chef de la police de sûreté du canton de Neuchâtel.
Propos recueillis par Julien Baumann.
Olivier Guéniat, y a-t-il une corrélation entre nationalité et criminalité ?
La nationalité n'a aucune incidence sur le passage à l'acte. La criminalité se définit grâce à une vingtaine de variables, réparties en quatre grands groupes. Par exemple, le background d'une personne, c'est-à-dire le sexe, l'âge et la classe sociale, vont jouer un rôle. Le contexte familial et l'environnement dans lequel un individu évolue. Et le plus important, la situation scolaire ou socioprofessionnelle. Il n'y a rien de plus risqué pour une personne que de ne pas pouvoir se projeter dans l'avenir. Quelle que soit la couleur du passeport, si ces variables sont réunies, il y a plus 80% de risque qu'un individu passe à l'acte.
Ce taux mesure l'impact des jeunes dans la société. Le fait qu'il reste stable montre simplement que la proportion de mineurs par rapport à l'ensemble de la population n'a pas augmenté. De plus, le pic de la délinquance se situe entre 16 et 17 ans. Il est donc naturel que les infractions commises par des jeunes représentent une plus grande proportion que celles commises par les plus de 60 ans.
On ne peut pas comparer un détenteur de permis C à une personne qui n'a aucun statut en Suisse. Un migrant allemand travaillant à Zurich n'a pas la mêmeaperspectivequ'un Somalien qui fuit son pays en guerre.
Est-il possible malgré tout de savoir comment a évolué la criminalité ces dernières années ?
Oui. Même si les anciennes statistiques sont incomplètes, nous avons de bons indicateurs. Les vols par effraction par exemple : ce sont des délits annoncés à la police dans environ 95% des cas. 72 000 ont été comptabilisés en 1982 contre 51 000 en 2009. Ces chiffres sont en baisse alors même que la population de la Suisse est passée de 6,3 à 7,7 millions d'habitants en trente ans.
Autre indicateur : l'évolution des homicides réalisés, meurtres et assassinats, impossibles à cacher. En 1982, on en compte 83, en 1990, 110, et en on dénombre 51 l'an dernier. Pourtant, les sondages révèlent que globalement, la population ressent une croissance du nombre de ces délits.
Pourquoi cette représentation biaisée ?
C'est en partie dû au battage médiatique. Corinne Rey-Bellet est sans doute morte des dizaines de fois dans les journaux et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. Ce genre d'affaires est souvent traité sous forme de feuilleton. Durant une période, la presse a aussi passablement rapporté les méfaits de voleurs venus de Géorgie. Cela contribue certainement à surreprésenter le risque dans l'esprit des gens.
Les médias font-ils mal leur travail ?
Je ne veux pas faire leur procès. Les chiffres issus de ces statistiques sont très difficiles à appréhender. D'autre part, ce que les médias nous servent, c'est ce que nous demandons en tant que lecteurs. Plus le fait divers est sanglant et plus nous en sommes friands. C'est une logique économique que je respecte. Mais je trouve dommage que de l'information sérieuse sur l'évolution de la criminalité ne puisse pas contrebalancer l'effet d'angoisse produit chez les individus.
Finalement, cette statistique montre-t-elle que nous sommes dans un pays plutôt sûr ou plutôt dangereux ?
Plutôt sûr. Comme ces chiffres ne représentent qu'une photographie de l'activité criminelle durant l'année 2009, il faudra attendre les suivantes pour en comprendre l'évolution. Mais cette étude globale permet déjà d'avoir une typologie extrêmement précise des criminels et de leurs activités sur tout le territoire. Cette statistique fédérale servira de nouvelle base. Cela dit, je doute qu'elle ait une influence sur la mesure réelle de la sécurité dans l'esprit des gens.
Les anciennes statistiques montrent que durant les trente dernières années, c'est en 2000 que le moins d'infractions ont été recensées en Suisse. Pourtant, personne n'y a rien vu! Des fluctuations de plus ou moins 100 000 délits sont observés selon les années sans pour autant influencer le quotidien des professionnels ou le sentiment de sécurité de la population. Ce qui signifie probablement que le taux de criminalité est si bas qu'il n'est pas perceptible à l'échelle de la Suisse.

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