03 Février 2010 10:37 Tania Buri
ReligionLausanne – Le succès du livre sur les rebouteux en Suisse romande, la fréquentation sans faille de Lourdes malgré une médecine de pointe ou tout simplement les demandes des patients à leurs soignants interpellent le monde médical. L'Université de Lausanne (UNIL) a donc décidé d'organiser un cycle de conférences pour approfondir les rapports entre médecine et spiritualité.
La médecine occidentale a opéré une séparation claire avec la religion. Le rationnel et l'irrationnel ne jouent pas dans la même cour. Mais la distinction est-elle si nette?
Jacques Besson, chef du service de psychiatrie communautaire au Centre hospitalier universitaire du canton de Vaud (CHUV) à Lausanne, a choisi de faire le point sur cette relation entre corps et esprit avec la commission des sciences humaines de la Faculté de biologie et de médecine (FBM) de l'UNIL.
Il existe de nombreuses études épidémiologiques qui démontrent l'impact de la spiritualité sur la santé. Les unes montrent son caractère bénéfique, soulignant son rôle dans l'insertion communautaire, sa fonction de ressource interne ou les aspects d'hygiène de vie. A l'inverse, des études soulignent que certaines approches religieuses peuvent interférer avec les soins, faire hésiter des patients à aller consulter.
Les frontières doivent être claires entre médecine et spiritualité, mais investiguer pour trouver des ressources du côté de la spiritualité peut être intéressant. Le cycle de conférences veut justement poser ce genre de questions. Quelle formation pour les médecins, quels besoins spirituels ont les patients?
Les aumôneries dans les hôpitaux répondent partiellement aux besoins, car les hôpitaux ont beaucoup changé. Les durées de séjour y sont très courtes, les aumôneries y développent une approche interconfessionnelle. Il semble donc nécessaire de renforcer le dialogue entre soignants et aumôniers, qui sont à l'interface entre les patients et les soignants. Le cycle de conférences débattra de ce genre de questions. Par exemple, dans le domaine des soins palliatifs, faut-il davantage intégrer la question de la spiritualité? Concrètement, la question se pose déjà à l'entrée de l'hôpital: faut-il demander aux patients des précisions sur leur identité confessionnelle? Cela fait débat.
Et les rapports entre psychiatrie et spiritualités? Les jungiens pensent que Dieu fait partie de l'inconscient. Les systémiques ont une ouverture à la dimension écologique, soit l'intégration de l'homme à l'univers. Mais historiquement, la psychiatrie, c'est le rationalisme. Freud a considéré la religion comme une névrose obsessionnelle. Il a fait école et aujourd'hui encore, la religion est souvent perçue sous l'angle névrotique dans la profession. (tb)

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