20 Janvier 2010 09:27 Pierre-Yves Moret
Religion" La Fédération des Églises protestantes de Suisse est à un tournant ", analyse Didier Halter, président de l'assemblée des délégués de la FEPS. Une allusion autant à la conjoncture actuelle qu'au départ fraîchement annoncé du président de son exécutif, le pasteur Thomas Wipf.
Car après trois législatures, le Zurichois était pratiquement devenu le visage des réformés de Suisse. Celui qui s'exprime en leur nom et qui les représente publiquement. Un visage qui leur est identifiable, mais aussi une tête qui pense pour eux.
Thomas Wipf est ainsi connu pour être l'initiateur d'entreprises originales. C'est lui qui a eu l'idée de l'Open Forum, plate-forme publique de débats organisée par la FEPS en partenariat avec le World Economic Forum (WEF), et dont la 8e édition s'ouvre le 28 janvier prochain. C'est également lui qui a proposé la création du Conseil suisse des religions.
Initiative inédite, ce conseil regroupe des représentants des trois religions monothéistes (christianisme, judaïsme et islam) pour permettre aux responsables religieux de ces communautés de se rencontrer afin de développer une opinion commune. Avec le départ de Thomas Wipf, qui en assume la présidence, l'avenir de ce conseil peut interroger, le Zurichois en étant un moteur important.
Avec lui, le protestantisme s'est doté d'une voix.
Thomas Wipf n'aura d'ailleurs pas négligé les enjeux de la représentation et des réseaux. Il préside également la Communion d'Églises protestantes en Europe (CEPE), poste qu'il assumera jusqu'en 2012. Il est enfin membre du Présidium de la Conférence des Eglises européennes (KEK), un mandat qui court jusqu'en 2013.
" Sous la présidence de Thomas Wipf, la FEPS a pris de l'ampleur autant au niveau national qu'européen, souligne Didier Halter. Avec lui, le protestantisme suisse s'est doté d'une voix ", conclut-il.
Reste à savoir qui reprendra le porte-voix. Les candidatures ne sont en général pas légion pour les postes à responsabilité dans les Églises. S'il est trop tôt pour évoquer des noms, il faut relever que la situation est très ouverte, du fait que le Conseil sera renouvelé. Cela pourrait susciter des vocations.
" Formellement, les candidatures sont ouvertes jusque et pendant l'assemblée des délégués, précise Didier Halter. Le principal est qu'un candidat soit soutenu par une ou plusieurs Églises cantonales. Rien ne précise qu'il doive être consacré pasteur, mais j'estime important qu'il ait une vision d'Église. "
Et peut-on parler de candidatures féminines ? Tout l'autorise selon les statuts de la FEPS, même si, depuis sa création en 1920, son Conseil a été présidé par onze hommes successifs. " Une représentation équilibrée du protestantisme passe par une représentation équilibrée entre hommes et femmes et régions linguistiques ", répond délicatement Simon Weber, directeur de la communication pour la FEPS. Il souligne que cet équilibre est une spécificité protestante.
La question romande se pose également. Le dernier pasteur romand à avoir présidé la FEPS était Jean-Pierre Jornod, de l'Église protestante de Genève, entre 1978 et 1986. La Constitution de la FEPS précise que le choix des membres du Conseil doit tenir " équitablement compte des différentes régions géographiques et linguistiques du pays ", sans autre précision chiffrée.
" Les Églises romandes vont-elles s'engager pour placer un des leurs ? ", s'interroge Didier Halter. Elles devront quoi qu'il en soit aborder cette question de front, individuellement et ensemble, dans le cadre de la Conférence des Églises romandes (CER). Surtout que plusieurs postes seront à repourvoir lors de l'assemblée des délégués de juin prochain.
Car en plus de M. Wipf, quatre membres du Conseil de la FEPS quitteront leurs fonctions à la fin de l'année. Il s'agit de Mmes Irène Reday (Genève), Silvia Pfeiffer (Schaffouse) et Helen Gucker-Vontobel (Zurich), toutes trois laïques, et du pasteur Urs Zimmermann (Aarau).
" Ces départs sont motivés par des raisons personnelles et de limite d'âge, précise Simon Weber. Il ne s'agit pas d'une démission de groupe à la suite du président. " Décidée lors de l'assemblée des délégués de 2005, le Conseil réduira également son envergure, passant de neuf à sept membres.
N'est-ce pas une période délicate pour la FEPS de renouveler pratiquement tout son Conseil, alors qu'elle se trouve dans une période de remous et de contestations ? Plusieurs Églises cantonales réclament en effet une diminution des cotisations et d'autres remettent en cause certains engagement de la FEPS.
La décroissance de ses Églises membres se répercute aujourd'hui sur la FEPS.
" La décroissance de ses Églises membres se répercute aujourd'hui sur la FEPS ", observe Didier Halter. Une baisse de la cotisation a été adoptée pour 2011 et une commission extraordinaire chargée d'analyser les flux financiers du protestantisme suisse doit se mettre en place. Il s'agit de comprendre la situation réelle de chaque Église et de dresser un aperçu de toutes les organisations supra-ecclésiales de Suisse et de leur financement.
Pour Didier Halter, " c'est paradoxalement le bon moment pour un tel changement au Conseil. Son outil de secrétariat fonctionne bien, et les chantiers qui s'annoncent prendront place sur plusieurs législatures. C'est donc bien que ce soit une nouvelle équipe qui se mette en place. "
Et le Conseil peut-être visiblement serein. " Pour les deux premières années du Conseil, la situation financière est claire et stable, indique Simon Weber. Cela permettra au nouveau Conseil de prendre ses marques ".
L'assemblée des délégués de la FEPS devra nommer les nouveaux membres du Conseil et son président lors de sa prochaine réunion du 13 au 15 juin à Hérisau. Outre les départs annoncés, l'âge de la retraite interviendra pour le pasteur Théo Schaad, chancelier du Conseil de la FEPS, qui quittera ses fonctions en même temps que ses collègues. A la fin de l'année 2009, Karl Kohli (Thurgovie) s'était déjà retiré, ayant atteint la limite d'âge.
Seules trois personnes font le choix de poser à nouveau leurs candidatures pour poursuivre leur engagement au Conseil. Il s'agit de Peter Schmid (Bâle-Campagne), de la pasteur Kristin Rossier Buri (Vaud) et du pasteur Lucien Boder (Union synodale Berne-Jura-Soleure).
Pierre-Yves Moret
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