18 Décembre 2009 11:48 Nicolas Friedli
Religion
C'est paradoxalement dans les universités, parfois considérées comme confidentielles et élitistes, que l'on trouve les formations les plus ouvertes et les plus fréquentées. Douze problèmes d'histoire du christianisme ont constitué la trame du dernier cours public de la faculté de théologie à Genève.
Un cours très ouvert auquel la participation ne requiert aucune formalité (pas d'inscription, gratuit, voir encadré ci-dessous) qui mêle étudiants de première année et grand public. Autre originalité, la possibilité d'écouter les séances enregistrées sur le site web de la faculté. Selon le professeur Michel Grandjean, le succès est au rendez-vous avec sa centaine de participants réguliers et fidèles.
Même succès pour la professeure Lytta Basset, qui confirme dans la formation continue son statut de phénomène de l'édition théologique romande et francophone. Particulièrement intéressée par les liens entre existence et spiritualité, la théologienne bâtit au fil des ans une véritable somme sur le sujet (S'accomplir, Pourquoi vivre, Aimer sans dévorer, Culpabilité et responsabilité ces dernières années). La dernière session intitulée Traverser la perte et le deuil se termine avec un nombre de participants à l'égal des précédentes: entre 200 et 300 personnes.
L'interdisciplinarité est au programme du prochain cours public à Lausanne. La croix dans tous ses états est l'occasion d'entendre de nombreux spécialistes comme les professeurs Claire Clivaz ou Jean-Claude Basset s'exprimer sur la croix et ses « résonances culturelles et religieuses [..] aujourd’hui » dans différentes religions (christianisme et islam) en parcourant de multiples domaines comme la psychologie, l'art contemporain, le cinéma ou la bande dessinée. Un choix de thème pertinent, tant la « théologie de la croix » a marqué le christianisme, en général, et le protestantisme, en particulier.
Beaucoup plus proches des milieux des Eglises à leur création, l'Atelier œcuménique de théologie (AOT) à Genève et Cèdres Formations à Lausanne diversifient leur public par choix et nécessité.
Le nom même de l'AOT porte les marques de ses spécificités, protestante et catholique. Selon son co-directeur Ion Karakash, le terme atelier a été choisi pour marquer sa différence par rapport à un simple cours. Ici, l'accent est mis sur la valorisation des parcours de vie et la prise au sérieux de la réalité des participants. La validation de l'inscription est subordonnée à un entretien préalable, permettant notamment de découvrir les motivations des candidats. Œcuménique dès ses débuts, l'Atelier tient à conserver cet esprit d'ouverture et de débat durant les deux ans de formation.
L'ouverture se manifeste également aux Cèdres Formations, où le grand public se fait de plus en plus important, mais la « volonté initiale d'articuler Évangile et culture reste intacte ». Selon son directeur Jean-François Habermacher, la possibilité de trouver « une parole vraie, sans endoctrinement » permet au séminaire de culture théologique (une formation de 950 heures sur deux ans) d'accueillir en permanence entre 40 et 50 participants.
Parfois, la théologie peut faire peur, véhiculer des conceptions ou même les projections de ceux qui ne la connaissent pas. Les Cèdres comme l'AOT permettent de prendre distance, d'actualiser ses connaissance et de se réapproprier ses convictions.
Où peut-on aborder les courants religieux historiques du bouddhisme, du judaïsme, du christianisme et de l'islam? Comment éviter les replis identitaires tout en préservant la conscience de ses attaches communautaires? Les Cèdres reconduisent leur offre de formations courtes de cinq soirées. En groupes de moins de 20 personnes, ces modules « prennent au sérieux les trajectoires personnelles et se fondent sur une pédagogie interactive ».
Les Explorations théologiques portent un accent particulier sur la méthodologie et la question de l'analyse narrative. Cette démarche permet, selon leur responsable Pierre de Salis, de mettre « un bel outil exégétique à disposition de personnes ne disposant pas du grec ou de l'hébreu ».
Le centres du Louverain (NE) et Sornetan (BE) s'unissent pour dispenser ce parcours vaste et dense: huit séances résidentielles du vendredi soir au samedi 17h00. Originalité de cette formation, la possibilité de la valider pour obtenir un diplôme de culture théologique reconnu par l'Office protestant de la formation (OPF) et permettant une candidature à la formation diaconale.
Alors que la Bible est parfois considérée comme ringarde, et souvent instrumentalisée par des courants fondamentaliste, le cours biblique par correspondance paraît étonnement actuel du haut de ses 61 hivers. La possibilité de recevoir chez soi des supports de cours visant à « rendre accessibles des résultats de la recherche en sciences bibliques » permet d'organiser son temps de travail dans les méandres quotidiens.
Les participants, individuels ou en groupe, communiquent régulièrement avec une équipe de pasteurs romands, sous la responsabilité d'un professeur. La seule condition d'accès au cours, selon Olivier Favrod, modérateur de l'OPF qui organise le cours, est d'être une « personne intéressée et motivée » et capable de « consacrer au moins deux heures tous les quinze jours » à l'étude.
Il n'existe pas encore de catalogue général des formations théologiques romandes, destinées au grand public. Selon Olivier Favrod, l'Office protestant de la formation propose sur son site web quelques pistes pour naviguer dans les différentes offres.
Toutefois, « parce que les critères de sélection et de classement précis sont complexes », l'Office s'en tient à une liste sommaire. Et son modérateur de se réjouir surtout du foisonnement d'offres, tant par leur forme, leur contenu ou leur localisation, en Suisse romande.
Nicolas Friedli, en collaboration avec Gabrielle Desarzens
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