17 Novembre 2009 17:20 Tania Buri
ReligionLausanne - Après Zurich, Berne et Jura, Vaud pourrait être le prochain canton à remplacer un cours d'histoire biblique facultatif par un enseignement interreligieux obligatoire et soumis à évaluation. Des députés au Grand Conseil profitent de la révision de la loi scolaire pour lancer une motion dans ce sens.
Par Tania Buri
« Il est plus difficile de changer une étiquette qu'un contenu », a expliqué à ProtestInfo, le député socialiste Claude Schwab, pasteur à la retraite, à l'origine de la motion avec les députés chargés des contacts avec les communautés religieuses. Dans les faits, l'histoire de l'enseignement religieux dans le canton de Vaud a déjà été ouvert à l'interreligieux avec le dernier plan d'étude en 2000.
Sur le terrain, la méthode Enbiro (Enseignement biblique et interreligieux romand) est employée dans les écoles vaudoises comme dans d'autres écoles romandes. Elle aborde les différentes religions existantes. Cette méthode est le résultat d'une des premières collaborations en matière scolaire dans les cantons romands. M. Schwab a dirigé la petite équipe Enbiro pendant une dizaine d'années.
Pourquoi vouloir donc changer l'intitulé si l'interreligieux est déjà enseigné? Plusieurs motifs à cela. L'enseignement actuel est soumis à deux restrictions. L'enseignant peut invoquer la liberté de conscience pour ne pas dispenser cette heure de cours. Et même s'il est tenu de demander à un collègue de le remplacer, dans la pratique, c'est loin d'être toujours le cas. Au final, cette heure peut être utilisée pour un autre enseignement.
Les parents des élèves peuvent également demander une dispense, grâce à l'article 15 de la Constitution fédérale, qui stipule que « nul ne peut être contraint de (...) suivre un enseignement religieux ». Un important débat a lieu actuellement autour de cet article. Il s'applique pour un enseignement de type catéchétique et prosélyte, estime M. Schwab. Mais il perd de son sens quand il s'agit d'un enseignement de type « teaching about religion », ce qui est bien le propos d'un enseignement interreligieux.
Plusieurs menaces planent sur l'article concernant l'enseignement religieux. Sa disparition pure et simple est l'une d'elle. Au parlement vaudois, une alliance « contre-nature » est possible entre une partie de la gauche laïque, des milieux chrétiens opposés à une ouverture envers d'autres religions et une partie de la droite, explique M. Schwab. Cette dernière pourrait voir dans les 15% de disciplines laissées au choix des cantons, prévus dans le plan d'étude romand, et dont fait partie l'enseignement religieux, l'occasion d'augmenter les heures assignées au français et aux mathématiques.
Mais cela semble peu probable, estime Jacques-André Haury, député et membre d'Ecologie libérale. L'idée d'un enseignement des connaissances religieuses sur une base factuelle est plutôt rassembleuse, selon lui. Les réticences concernent plutôt l'obligation de suivre ce cours et la question des compétences des enseignants en matière de connaissances des religions.
Le député socialiste Pierre Zwahlen, converti à l'islam, est l'un de ceux-là. Il salue le projet de M. Schwab « qui va dans le bon sens » comme l' « intégrité de sa démarche » et son ouverture. En revanche, une obligation de suivre cet enseignement lui semble inopportune. Il défend l'idée d'une période de rôdage, en insistant sur la nécessité d'une formation des enseignants, qui pourra prendre « une génération, si ce n'est deux ». Il s'agit en attendant de développer une "culture de curiosité mutuelle".
M. Haury par contre défend mordicus l'obligation de suivre cet enseignement au nom de la « réciprocité ». Les migrants comme les Suisses sont tenus de connaître les principes de base des grandes religions. Il estime toiutefois qu'étudier l'athéisme n'a pas de place dans ce cours. « L'athéisme ne peut pas être enseigné comme un mouvement historique bien défini, à la différence d'une religion. Aborder ce thème ouvre la porte à l'endoctrinement », a-t-il dit à ProtestInfo.
Jérôme Christen, député, membre de Riviera Libre, une dissidence du parti radical, et municipal des écoles de Vevey, défend vigoureusement le principe de la laïcité de l'Etat. Mais il soutient aussi l'idée d'un enseignement interreligieux et obligatoire.
« Si le cours est interreligieux et obligatoire, une partie des élèves d'autres confessions ne pourront plus en être dispensés , a-t-il expliqué à ProtestInfo. Un problème que les directeurs d'école rencontrent souvent ». De plus, « la connaissance des religions fait partie de notre histoire, de notre culture. Les élèves doivent avoir les moyens de comprendre pour pouvoir ensuite se déterminer », a-t-il poursuivi.
Si cette transformation de l'enseignement de l'histoire biblique en connaissances des religions n'intervenait pas dans la réforme en cours de la loi scolaire, Jacques-André Haury n'y voit pas de problème majeur. « Le processus législatif est permanent. Nous pourrions tout à fait revenir sur cette question six mois plus tard ».

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