17 Novembre 2009 15:12 Tania Buri
ReligionPar Corinne Baumann
Malgré les graves menaces qui pèsent sur l’espèce humaine, Leonardo Boff est convaincu que l’espérance vaincra la peur: «La crise que nous traversons peut devenir génératrice d’une nouvelle civilisation pleine de promesses», lance-t-il, comme une bouteille à la mer. Pour en sortir, il faut repenser notre rapport à la Terre, préconise-t-il.
Dans son "écothéologie" de la libération, Gaïa, la Terre, est considérée comme un superorganisme vivant, et non plus comme une mine à exploiter jusqu’à épuisement. L’homme en fait intimement partie, en tant que gardien plutôt qu’en maître.
Cette "biocivilisation" sera fondée sur quatre axes principaux: un usage responsable et solidaire des ressources de la nature, un contrôle démocratique des marchés spéculatifs, la coresponsabilité internationale et enfin la spiritualité au sens large. Selon lui, les humains sont comme les étoiles: "nous sommes nés de poussière, mais aussi nés pour briller et pas uniquement pour souffrir".
La crise est globale et l’individu se sent souvent impuissant face à son ampleur. Pourtant, chacun est concerné: «commençons par la révolution moléculaire et par se changer soi-même». Le christianisme peut aider à y parvenir: «Sa fonction principale est de produire des rêves, des utopies. Au centre de son message, il y a l’espérance".
Du rêve? Du vent? Pas uniquement. Leonardo Boff a les pieds sur terre. Dans les années soixante, sous l’impulsion de la théologie de la libération, des communautés ecclésiales de base ont vu le jour dans les bidonvilles, chez les Indiens, les paysans sans terre, dans un Brésil catholique à 80%. Ces petits groupes sont aujourd’hui près de 100 000 en Amérique latine, et leur engagement ne faiblit pas. A leur tête, une majorité de femmes.
Prendre une retraite bien méritée? Impossible. «J’ai toujours eu un pied à l’université, un dans la pauvreté, c’est mon lien entre foi et réalité. Il y a mille raisons de continuer, il y a encore urgence à transformer une société aussi injuste, à protester contre les conséquences de l’esclavage et de la colonisation. Les besoins sont immenses.» Et quand on lui demande comment il se comprend, il répond en riant: «Je suis un aigle, pour les rêves et les visions, et une poule, pour l’engagement concret. Je me considère comme un agitateur culturel, qui cherche à combiner les dimensions théologique, éthique, spirituelle, politique, écologique pour susciter l’espérance chez les autres.»
Cet engagement en faveur des pauvres et ses prises de position critiques à l’égard de Rome lui ont valu les foudres du Vatican. Ce qui ne l’empêche pas de maintenir son verdict: «L’Eglise de Rome est un concentré de pouvoir hiérarchique, inspiré des empereurs romains, qui s’exerce de manière presque totalitaire. Elle exige la soumission, ce qui produit continuellement des conflits et des inégalités. Tant que cette structure fonctionne ainsi, elle restera une Eglise de division, de tensions. Durant la période où la Congrégation de la doctrine de la foi était dirigée par Mgr Ratzinger, 123 théologiens ont été condamnés. Je pense que son exigence d’obéissance à la doctrine le rend ennemi de l’intelligence théologique! Cette Eglise-là perd la dimension centrale du christianisme, qui n’est pas le pouvoir mais l’amour. Elle est en contradiction avec le rêve de Jésus d’instaurer une communauté fraternelle. A l‘intérieur de cette Eglise, il faut dénoncer la marginalisation, le rabaissement de la femme, le mépris des laïcs. Tant que des personnes se soumettront, cette Eglise survivra. Elle est devenue un bastion du conservatisme, mais elle est de plus en plus en crise.»
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