18 Septembre 2009 13:54 Tania Buri
Politique
Montreux - Les Suisses devront se prononcer le 29 novembre sur l'interdiction de la construction des minarets. Les Eglises, toutes confessions confondues, sont unanimes à appeler à voter contre ce texte, à l'exception d'une frange évangélique. Cette initiative a été lancée par un comité, composé de membres de l'Union démocratique du centre (UDC) et de l'Union démocratique fédérale (UDF).
Sur le terrain, la campagne bat son plein. Dans le canton de Vaud, des représentants des communautés juives, chrétiennes et musulmanes ont lancé jeudi soir 17 septembre à Montreux une série de débats, à l'instigation du Conseil oecuménique et interreligieux vaudois. « C'est la première fois que des représentants de ces trois religions s'unissent pour s'opposer à un objet de scrutin dans le canton de Vaud », a expliqué à ProtestInfo, le pasteur Martin Hoegger, une des figures de l'oecuménisme vaudois, dont le travail à la cathédrale de Lausanne vient d'ailleurs d'être primé au niveau national.
L'appel a la prière, qui est un des éléments qui cristallise les craintes, avait aussi été abordé à l'époque à Genève. « Nous avions réfléchi à un appel à la prière, mais comme la population aux alentours n'était pas directement concernée par cet appel, nous avons décidé que non », a poursuivi M. Ouardiri devant une cinquantaine de personnes.
Celui-ci a rappelé que les minarets ne sont pas une question centrale pour les musulmans. Il sert simplement à signaler un lieu de culte et permet l'appel à la prière.
Mais si l'initiative de la droite dure porte sur la construction des minarets, elle réveille les peurs que suscite l'islam, un islam d'ailleurs souvent fantasmé. Jacques Waardenburg, ancien professeur à la faculté de théologie et des sciences des religions de l'Université de Lausanne, met d'ailleurs en garde contre un débat conceptuel sur l'islam. Il appelle en revanche à faire connaissance concrètement avec les musulmans qui habitent en Suisse, a-t-il avancé.
Ceux-ci sont européens pour la plupart et viennent dans leur grande majorité d'ex-Yougoslavie (58%) et de Turquie (21%). Cette communauté, comptant près de 400'000 personnes, n'affiche aucune unité culturelle, ethnique ou linguistique. Les membres pratiquants sont évalués à 5%.
Avec cette votation, il ne s'agit pas de se prononcer sur l'islam en général, ou sur ce qui se passe dans tel ou tel pays musulman, mais bien sur la construction des minarets en Suisse. Pour M. Ouardiri, les règlements urbanistiques suffisent amplement à régler cette question.
La connaissance est le seul moyen de désamorcer les fantasmes, mais parallèlement de cerner les dangers réels liés à l'islam, a rappelé Jacques Ehrenfreund, professeur de judaïsme à l'Université de Lausanne. Cela doit permettre à l'Europe de définir les comportements qu'elle ne doit pas tolérer.
« La connaissance, oui, mais la rencontre aussi», a rétorqué Claude Ducarroz, abbé, prévôt à la cathédrale de Fribourg. Les communauté prennent d'ailleurs des initiatives pour se rencontrer et des amitiés peuvent naître de cette manière.
Se pose aussi la question de la réciprocité, a rétorqué un couple dans la salle. Pourquoi tolérer la construction de minarets en Suisse alors que des pays musulmans n'autorisent pas la présence d'églises sur leur sol. « Ce n'est pas l'islam, qui est responsable de ces faits, mais les despotes, qui règnent sur certains pays », a souligné M. Ouariri. Il a encore relevé qu'il n'aurait jamais pu vivre un islam dans un de ces pays comme il peut le vivre en Suisse.
La peur de la charia et d'un islam conquérant a aussi été abordée. Dans le monde anglo-saxon, qui défend une approche multiculturelle, les communautés amènent en effet avec elles leurs lois, a rappelé M. Ehrenfreund. En revanche avec le modèle continental et républicain, la loi du pays d'accueil prime sur celle de l'immigrant.
« Les Juifs, qui ont perdu toute souveraineté sur un territoire sous l'empire romain, ont été contraints dès lors à l'exil, a poursuivi le professeur. Conséquence, la loi juive a dû s'incliner devant les lois des pays d'accueil ». Les musulmans, qui quittent leur pays d'origine, sont confrontés pour la première fois de leur histoire à cette tension entre lois islamiques et lois du pays d'accueil.
En Europe, à la fin des guerres de religion, et grâce aux Lumières, la tolérance et la liberté religieuse ont permis la cohabitation de personnes, qui ne croient pas à la même chose, a rappelé Jacques Ehrenfreund. « Vouloir toucher à la liberté de conscience, vieille de trois siècles en Europe, a quelque chose de grave », a-t-il conclu.

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