16 Septembre 2009 08:30 Pierre-Yves Moret
Formation
L’être humain pourra-t-il un jour être libéré de son ignorance ? La création de l’univers peut-elle se passer de Dieu ? La conférence du professeur Stephen Hawking, intitulée « La création de l'univers » à Genève a rappelé que ces questions accompagnent l’histoire de l’humanité et suscitent toujours le même intérêt.
L'audience, nombreuse, s’est déplacée à la fois par intérêt scientifique, par envie d’assister à cet événement et par curiosité pour ce penseur et vulgarisateur hors pair, au parcours de vie marqué de réussites professionnelles qui contrastent avec sa condition physique. Atteint de dystrophie neuromusculaire, il est paralysé à tel point qu'il ne peut s’exprimer qu’au travers d’un ordinateur et d’un synthétiseur vocal.
« L’idée que l’univers ait un commencement ne plaît pas à tout le monde », prévient Stephen Hawking. Il y d’abord ceux qui souhaitent éviter l’hypothèse d’une intervention divine, tel Aristote qui postulait que l’univers a existé de tout temps. Il y en a ensuite d’autres qui craignent qu’à force de « frapper les cieux d’alignement », les découvertes scientifiques ne finissent par « chasser les dieux du firmament », comme chantait Georges Brassens dans « Le Grand Pan ».
Stephen Hawking, lui, n’hésite pas à utiliser le terme Dieu comme la « convention » d’un agent extérieur à l’origine de l’univers. Cela ne l'engage de toute façon à rien, puisque sa théorie exclut cette hypothèse.« L’idée que l’univers ait un commencement ne plaît pas à tout le monde »
Il s’est d’ailleurs souvenu à Genève de sa rencontre avec le pape Jean-Paul II au Vatican en 1981. Le souverain pontife avait alors demandé aux scientifiques présents de ne pas étudier les origines de l’univers. Dieu aurait choisi la manière dont l’univers devait commencer, avançait le pape.
Stephen Hawking avait pourtant présenté au Vatican un document détaillant sa propre théorie du commencement de l’univers. Malicieux, il a évoqué lors de sa conférence le sort qui aurait pu être le sien à l’époque de Galilée, projetant un photo-montage le représentant derrière les barreaux de l’Inquisition.
Car sa théorie a de quoi déplaire aux partisans d’un créateur divin. Le professeur Hawking a travaillé très tôt sur les lois basiques qui régissent l’Univers. Il a, avec son collègue Roger Penrose, démontré que la théorie de la relativité générale d’Einstein impliquait que le temps et l’espace aient un commencement lors du Big Bang et une fin dans les trous noirs - ces étoiles en fin de vie qui s’effondrent sur elle-même et avalent toute la matière environnante du fait de leur force de gravitation phénoménale.
Hawking a ensuite établi que les trous noirs émettent un rayonnement, appelé le « rayonnement de Hawking ». Il a ainsi contredit la croyance que les trous noirs sont si denses que rien ne puisse s’en échapper. Et l’hypothèse de l’évaporation et la disparition des trous noirs est dès lors plausible, ils auraient eux-mêmes potentiellement une fin dans le temps.
Pour sortir de la question problématique de l’avant Big-Bang, Hawking recourt à la notion de pôle sud. Imaginer un moment T-zéro pose inévitablement problème dans notre conception linéaire du temps. L’idée du pôle sud évite ce problème , car « il n’y a rien au sud du pôle sud », argumente-t-il.
Hawking postule pour finir et par conséquent que la création de l’univers a été déterminée entièrement par les lois de la science - la gravitation et la mécanique quantique - à partir du néant.
Fréquemment interrogé sur la question de savoir si les lois physiques pourraient avoir été déterminées par une entité divine toute puissante, il répond habituellement que ces questions sont métaphysiques, et non pas physiques.
Le prestigieux savant n’est d’ailleurs pas allergique aux questions ouvertes. S’il se dit confiant sur le fait que l’être humain trouvera un jour les réponses sur la naissance de l’univers, il termine sa conférence sur ces deux questions, projetées sur le grand écran : « pourquoi sommes-nous là ? D’où venons-nous ? ».

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